La valeur des résultats négatifs
La valeur des résultats négatifs
Donner à toutes vos données la reconnaissance qu’elles méritent, en particulier lorsqu’elles sont négatives, n’est pas toujours chose facile.
Le Code ALLEA :
Selon le Code ALLEA, tous les résultats, qu’ils soient positifs ou négatifs, doivent être valorisés :
- Les auteurs, les institutions scientifiques, les éditeurs, les bailleurs de fonds et les communautés scientifiques considèrent les résultats négatifs comme étant tout aussi pertinents que les conclusions positives en matière de publication et de diffusion.
- Les chercheurs, les institutions scientifiques et les établissements assurant une mission de recherche reconnaissent que les données, métadonnées, protocoles, codes, logiciels et autres matériels de recherche sont des productions légitimes de la recherche, qui peuvent être citées.
Pour les chercheurs
Dans la plupart des cas, les chercheurs entament leurs travaux à partir d’une hypothèse ou d’une théorie. Si, pour une raison quelconque, les résultats de la recherche ne confirment pas ou ne correspondent pas à la théorie, cela est souvent perçu comme un « échec », ou du moins comme un revers. Dans certains cas, cela peut même être considéré comme un échec personnel, comme si le chercheur était « incapable de produire », ou nourrir la crainte d’être associé à une recherche défaillante ou mal conçue. Cependant, il est important de souligner que des résultats négatifs ne sont pas des « mauvais » résultats : ils peuvent être obtenus à travers un travail rigoureux et solide, et ils contribuent à faire progresser la recherche. Tout simplement parce que nous pouvons en tirer des enseignements, ils nous évitent de répéter inutilement des démarches qui ne fonctionnent pas, ce qui représente un gaspillage de temps et d’argent (y compris de fonds publics). Valoriser ses résultats négatifs suppose un état d’esprit positif afin de convaincre les sceptiques ou les ignorants, et demande une certaine créativité pour « vendre » son récit. Heureusement, les chercheurs bénéficient d’une tendance générale dans le monde académique qui valorise de plus en plus les résultats négatifs.
Se concentrer uniquement sur les résultats positifs n’affecte pas seulement les résultats de la recherche en cours, mais aussi ceux des programmes de recherche futurs dans leur ensemble. Les chercheurs ne sont alors plus guidés par la curiosité ou par les pistes ouvertes par des travaux antérieurs ; leur intérêt est conditionné par des objectifs réalisables, avec un taux de réussite garanti, afin d’obtenir rapidement des résultats « à fort impact », où « fort impact » ne signifie pas nécessairement « grande valeur ».
Illustration par Patrick Hochstenbach sous licence Creative Commons Attribution-NonCommercial 2.5.
Pour les responsables de recherche, les superviseurs
Lorsque de jeunes chercheurs entrent dans le domaine, ils se concentrent souvent sur l’obtention des « bons » résultats, sur la réussite, mais beaucoup moins sur la manière de gérer des résultats négatifs, ou pire, un échec. Cet aspect devrait faire partie intégrante de l’accompagnement professionnel. Donner l’exemple est essentiel dans toutes les dimensions du rôle de superviseur, mais particulièrement lorsqu’il s’agit de résultats négatifs. Reconnaître leur valeur, rester fidèle à des plans méthodologiquement solides, réfléchir à des façons de formuler et de relier des résultats négatifs à des récits porteurs de sens doivent faire partie de cette responsabilité.
Pour les représentants de revues ou de tout autre type de canaux de communication
L’existence d’un biais de publication est une donnée largement admise dans la science. L’une de ses formes concerne les résultats négatifs : les recherches qui présentent des résultats positifs, ou qui confirment une hypothèse, une théorie ou des travaux antérieurs, sont bien plus fréquentes dans les revues. Beaucoup de revues sont peu enclines à publier des résultats nuls ou l’absence d’effet. En conséquence, les auteurs eux-mêmes préfèrent souvent mettre en avant des résultats positifs et écarter les résultats négatifs.
En raison de l’impact de ce biais sur la science, une tendance croissante vise à respecter l’ensemble des résultats de recherche et à revaloriser les résultats négatifs, à travers des initiatives ou revues telles que Journals of Negative Results in Biomedicine, PLOS ONE et The All Results Journals qui encouragent les chercheurs à publier leurs résultats négatifs.
Pour les bailleurs de fonds
Même les organismes financeurs récompensent principalement les chercheurs qui peuvent présenter une histoire « positive ». Cela découle sans doute d’une conviction bien intentionnée consistant à poursuivre l’exploration de ce qui fonctionne. Pourtant, les résultats négatifs font progresser le domaine tout autant.
La science est décrite comme un processus constant d’accumulation de connaissances, dans lequel un chercheur s’appuie sur les résultats d’un autre. En raison du biais contre les résultats négatifs, cette accumulation repose principalement sur des résultats positifs, ce qui limite la collaboration. Cette focalisation négative implique aussi que des collègues perdent du temps et des ressources à refaire ou à chercher ce qu’un autre avait déjà testé, mais non rapporté en raison de la nature négative des résultats. Par ailleurs, un élément fondamental de la recherche, exercer un regard critique sur ce qui est présenté comme acquis et en débattre, est perdu. Cela aussi limite la collaboration.
Messages à retenir
Après avoir rendu compte des résultats du module 3, je :
- sais où se situent les responsabilités dans le processus de publication ;
- comprends les bases de la présentation des données, y compris dans le cadre des différents rôles des parties prenantes ;
- connais les bases d’une bonne présentation des images ;
- connais les critères relatifs à la paternité et à l’ordre des auteurs ;
- applique pleinement les bonnes pratiques académiques en matière de paternité ;
- connais la divulgation de la contribution des auteurs et l’applique dans la mesure du possible ;
- sais ce qu’est l’affiliation des auteurs et comment l’appliquer ;
me suis créé un identifiant ORCID - sais comment citer et référencer dans un travail académique, selon le style de référence de ma discipline
- me tiens au courant des concepts de la science ouverte et de leur application
- sais que je suis censé auto-archiver mes données dans un dépôt ouvert, en fonction de ma discipline ou de mon sujet de recherche
- sais que je suis censé publier en libre accès, dans la mesure du possible, et que je peux choisir la stratégie la plus appropriée
- connais le concept d’éditeurs et de conférences prédateurs et les outils qui permettent de les reconnaître
- savoir évaluer correctement la qualité d’un éditeur ou d’une conférence
- savoir me comporter correctement en tant que pair évaluateur, reconnaître l’importance de ce rôle et m’investir pour le remplir de manière éthique
- connaître les avantages des prépublications et les avoir analysées pour mon propre travail