Autorat (Authorship)
Autorat (Authorship)
Qui est auteur ? Critères d’attribution du statut d’auteur
L’autorat constitue une manière explicite de reconnaître toutes les personnes ayant apporté une contribution significative au travail. Cela implique, en retour, que l’on puisse attendre de tous les auteurs qu’ils assument l’entière responsabilité de l’ensemble des aspects du travail, sauf disposition contraire.
Code ALLEA :
Bonnes pratiques académiques :
- Tous les auteurs s’entendent formellement sur l’ordre de citation des auteurs, et reconnaissent que l’autorat repose sur : (1) une contribution significative à la conception de la recherche, à la collecte de données pertinentes et à leur analyse et/ou à leur interprétation ; (2) la rédaction et/ou l’examen critique de la publication ; (3) l’approbation de la publication finale ; et (4) l’entière responsabilité du contenu de la publication, sauf indication contraire dans la publication.
- Autant que possible, les auteurs incluent une « Déclaration de contribution des auteurs » dans la publication finale, décrivant les responsabilités et les contributions de chaque auteur.
- Les auteurs reconnaissent les travaux et les contributions importants de tiers qui ne remplissent pas les conditions pour être auteurs, notamment des collaborateurs, des assistants et des bailleurs de fonds qui ont rendu possibles les travaux de recherche.
Pratiques inacceptables :
- Modifier l’autorat, ou dénigrer le rôle d’autres chercheurs dans des publications.
Comme la science elle-même, les normes d’attribution de l’autorat peuvent évoluer, par exemple lorsque les pratiques dominantes d’une discipline changent au fil du temps. Le contexte de recherche constitue également un facteur déterminant. Ainsi, il peut devenir difficile, mais non impossible, d’attribuer correctement l’autorat dans le cas de collaborations de grande ampleur, de la spécialisation croissante ou encore de l’essor de la recherche inter- et transdisciplinaire.
Néanmoins, les principes fondamentaux énoncés dans le code ALLEA doivent être respectés, car ils constituent le standard minimal applicable à tous les chercheurs, dans toutes les disciplines et pour toutes les formes de production scientifique. Cela signifie que :
- Tous ceux désignés comme auteurs doivent satisfaire à l’ensemble des critères de l’autorat, et toute personne remplissant ces critères doit être reconnue comme auteur.
- Ceux qui ne satisfont pas à l’ensemble des critères doivent être mentionnés, par exemple dans une liste distincte des remerciements ou en note de bas de page.
- Outre la responsabilité des parties du travail qu’il a réalisées, un auteur doit être en mesure d’identifier quels co-auteurs sont responsables des autres parties spécifiques du travail.
- Enfin, chaque auteur doit pouvoir avoir confiance dans l’intégrité des contributions de ses co-auteurs.
En plus du code ALLEA, qui constitue le cadre de référence principal, de nombreuses autres parties prenantes de la recherche — financeurs, revues scientifiques, etc. — ont élaboré leurs propres directives en matière d’autorat. Parmi les exemples figurent les recommandations de l’International Committee of Medical Journal Editors (ICMJE), initialement développées pour le domaine (bio)médical mais aujourd’hui suivies dans de nombreux autres champs disciplinaires, ou encore les directives des revues de l’American Psychological Association Journals (APA). Il convient également de noter que certaines revues et/ou institutions d’accueil peuvent avoir élaboré leurs propres politiques en matière d’autorat.
Comme les modalités d’approbation de l’autorat peuvent varier selon les codes, les lignes directrices des revues ou même les politiques institutionnelles, il est nécessaire de les consulter le plus tôt possible. Cela est particulièrement crucial en cas de collaboration (internationale).
Ordre des auteurs
Au-delà de l’inclusion ou non d’un chercheur en tant qu’auteur, l’ordre des auteurs est également déterminé par des accords spécifiques. Selon le code ALLEA, tous les auteurs doivent se mettre d’accord sur la séquence retenue.
Différents systèmes peuvent être utilisés, souvent en fonction des disciplines. L’ordre alphabétique ou le degré de contribution/collaboration sont les protocoles les plus connus pour classer les auteurs, mais ils ne doivent pas être considérés comme une manière absolue de déterminer qui a le plus contribué à l’étude. Toute forme de classement est envisageable, à condition qu’elle respecte les principes de l’intégrité scientifique et les politiques en vigueur.
En tant qu’auteur, il est également nécessaire d’être capable d’expliquer le système retenu ainsi que la logique qui a conduit à l’ordre adopté.
Il est recommandé aux chercheurs d’indiquer le système utilisé et les décisions qui en découlent, par exemple dans une note de bas de page. De cette manière, les lecteurs et évaluateurs peuvent apprécier correctement l’ordre des auteurs (et donc les contributions sous-jacentes).
Bonnes pratiques académiques en matière d’autorat
Pour éviter les conflits liés à l’autorat, une communication claire et régulière entre les chercheurs impliqués dans le projet est essentielle. Les différends relatifs à l’autorat figurent parmi les causes les plus fréquentes, sinon la première, de conflits dans la recherche.
Quelques bonnes pratiques pour éviter ces difficultés :
- Ne pas reporter la discussion sur l’autorat : celle-ci ne doit pas être tranchée au moment de la soumission d’un manuscrit, mais abordée le plus tôt possible lors de la préparation de l’article, de manière transparente et de préférence, par écrit, tout au long du projet.
- Comme les contributions peuvent évoluer au cours de la recherche ou de la rédaction de l’article, cela peut avoir un impact sur le maintien ou non d’un chercheur dans la liste des auteurs et/ou l’ajout de nouveaux auteurs. Toute modification nécessaire doit être discutée de manière transparente et validée par l’ensemble des auteurs.
- Faire preuve de cohérence dans l’attribution de l’autorat et appliquer les mêmes critères à tous les participants et dans toutes les publications.
- Reconnaître qu’il existe plusieurs manières de valoriser des contributions : les collaborateurs qui ne remplissent pas les critères de l’autorat peuvent, par exemple, être mentionnés dans les remerciements ou dans une note liminaire de l’article.
- Informer l’ensemble des auteurs et, le cas échéant, les contributeurs, avant de soumettre un manuscrit et obtenir l’approbation de la version finale par tous les auteurs.
Afin de renforcer la transparence, de nombreuses universités et revues recommandent, voire exigent, que les auteurs précisent la contribution de chacun des co-auteurs sous la forme d’une déclaration de contribution, et que cette information soit publiée conjointement avec l’article ou intégrée à celui-ci.
Il s’agit également d’une bonne pratique répertoriée dans le Code ALLEA :
» Autant que possible, les auteurs incluent une « Déclaration de contribution des auteurs » dans la publication finale, décrivant les responsabilités et les contributions de chaque auteur. »
En 2020, la Commission flamande pour l’intégrité scientifique (Vlaamse Commissie voor Wetenschappelijke Integriteit – VCWI) a publié un avis général relatif aux déclarations de contribution des auteurs. Dans cet avis, la VCWI considère l’usage de telles déclarations comme une pratique louable, bénéfique pour la science dans son ensemble, car elles :
- garantissent la faisabilité de la recherche interdisciplinaire en délimitant clairement les responsabilités ;
- contribuent à une évaluation équitable des chercheurs ;
- découragent les pratiques discutables en matière d’autorat, telles que l’autorat honorifique.
Le texte intégral de cet avis, ainsi que d’autres recommandations générales, peuvent être consultés sur le site de la VCWI.
La spécification des contributions peut prendre différentes formes : une déclaration écrite, rédigée dans ses propres termes, dite « déclaration de contribution des auteurs », qu’elle soit ou non présentée selon un format prédéfini ; l’utilisation de badges numériques, chaque contribution étant associée à une couleur spécifique (par exemple, un badge rouge pour la rédaction de la première version) ; le recours à une classification préétablie des différents rôles (traditionnels ou élargis) dans une « Contributor Roles Taxonomy », telle que CRediT. Cette taxonomie de haut niveau comprend 14 rôles (Conceptualisation, Conservation des données, Analyse formelle, Obtention de financements, Recherche, Méthodologie, Gestion de projet, Ressources, Logiciel, Supervision, Validation, Visualisation, Rédaction – version initiale, et Rédaction – révision et édition), qui permettent de décrire de manière uniforme le rôle de chaque contributeur dans le cadre de la recherche.
Il existe plusieurs situations dans lesquelles la liste des auteurs ne reflète pas les contributions réelles apportées à la recherche. Toutes constituent des pratiques de recherche inacceptables. Parmi les plus connues, citons :
- Autorat honorifique (honorary authorship) : inclusion d’auteurs pour des raisons hiérarchiques, par exemple le directeur du département où la recherche a été menée. À noter que le financement d’un projet ne justifie pas en soi une attribution d’autorat.
- Autorat de complaisance (gift authorship) : inclusion d’un collègue n’ayant pas contribué, dans l’attente que celui-ci « rende la faveur ».
- Autorat d’invité (guest authorship) : inclusion d’auteurs dans l’espoir que leur présence facilite le processus d’évaluation ou accroisse la visibilité de l’article après publication.
L’inverse peut également se produire :
- Autorat fantôme (ghost authorship) : lorsqu’une personne remplissant les critères de l’autorat n’est pas mentionnée dans la liste, soit parce qu’elle a été oubliée ou délibérément écartée, soit pour des raisons stratégiques (par exemple afin d’éviter une déclaration de conflit d’intérêts susceptible d’influer sur l’évaluation).
“J’ai longtemps évité d’aborder la question de l’autorat avec mes collaborateurs — jusqu’au jour où j’en ai tiré de douloureuses leçons.“
Témoignage publié dans la revue Science, dans lequel un chercheur relate ses expériences de l’autorat fantôme et de complaisance, et souligne l’importance d’établir des accords clairs dès le début d’un projet.
Autres ressources utiles lors des discussions sur l’autorat :
- How to handle authorship disputes: a guide for new researchers (COPE).
- Authorship agreement form développé par la Graduate School de l’Université de Caroline du Nord à Charlotte.
Illustration par Patrick Hochstenbach sous licence Creative Commons CC BY-SA 4.0.
Quand y penser ?
Ce point est pertinent à toutes les étapes du cycle de la recherche (conception, réalisation, publication). Les discussions relatives à l’autorat doivent de préférence avoir lieu dès le lancement d’un projet de recherche ou lors de la planification d’une collaboration. Par ailleurs, les attentes concernant l’autorat doivent être abordées de manière récurrente tout au long du projet.
Lorsqu’un des auteurs quitte l’institution
Le calendrier de publication d’un article ne correspond pas toujours à l’affiliation académique actuelle d’un chercheur. Il arrive qu’un chercheur quitte l’institution avant qu’un projet ou un article ne soit finalisé. Dans ce cas, il est essentiel de prévoir des dispositions spécifiques afin de clarifier les contributions à l’article ainsi que la reconnaissance qui les accompagne.
Ces dispositions concernent notamment :
- Le chercheur, quittant l’institution, est-il en mesure ou disposé à assurer le suivi de l’article ?
- Que se passe-t-il si des modifications (mineures ou majeures) doivent être effectuées après l’évaluation par les pairs ?
- Que faire si des pratiques de recherche complémentaires s’avèrent nécessaires (par ex. calculs supplémentaires) ?
- Quel sera l’impact éventuel sur les contributions d’autorat et sur l’ordre des auteurs ?
- Que se passe-t-il si l’article est rejeté ? Comment sera organisé le suivi, par exemple en cas de soumission à une autre revue ?
- Comment seront prises les décisions concernant ces changements ?
- …
Même si la publication d’un article peut prendre du temps, il reste indispensable de disposer des coordonnées actualisées du chercheur ayant quitté l’institution. Celui-ci doit être tenu informé en permanence des modifications de fond ou de forme, ainsi que de l’avancement du processus de publication.