Category : Introduction aux règles et réglementations en matière d'éthique
Santé, sécurité et bien-être
La recherche peut impliquer des situations potentiellement dangereuses, par exemple l’utilisation d’équipements, de substances ou d’organismes nocifs. La sécurité des participants, des chercheurs et du personnel doit toujours rester la priorité. En lien avec leurs recherches, les chercheurs doivent connaître et respecter les politiques, normes et codes relatifs à la santé et à la sécurité, tant au niveau de l’université que de leur unité de recherche.
Une évaluation appropriée et approfondie des risques doit en particulier être réalisée lorsque la recherche implique du matériel potentiellement dangereux ou susceptible de causer des dommages à l’environnement. Des mesures adaptées ainsi que des procédures pour éliminer, réduire ou gérer efficacement ces risques doivent être mises en place.
Messages clés
À l’issue de la section complémentaire sur l’éthique, je :
- M’assure de conclure les contrats nécessaires et d’obtenir l’approbation des comités d’éthique compétents avant le début d’une recherche sensible sur le plan éthique.
- Connais les principales considérations éthiques.
- Veille à ce que la participation à la recherche reste toujours entièrement volontaire et mets en œuvre les mesures nécessaires pour le garantir.
- Prends des précautions supplémentaires lorsque je travaille avec des groupes vulnérables.
- Comprends que, outre le « consentement », il existe également la notion d’« assentiment ».
- Connais les implications de l’utilisation de la tromperie dans mes recherches.
- Comprends que les études cliniques sont soumises à une législation spécifique.
- Applique le principe des « 3R » lorsque je travaille avec des animaux.
- Connais la différence entre « double usage » et « mésusage ».
- Comprends que les collaborations de recherche peuvent faire l’objet d’une évaluation au regard des droits humains.
- Connais les implications éthiques de l’intelligence artificielle.
- Suis conscient que l’utilisation de ressources génétiques peut relever du Protocole de Nagoya/de la législation ABS et je procéderai aux vérifications nécessaires lorsque je travaille avec ces ressources.
- Peux expliquer les concepts d’« ethics dumping » et de « helicopter research » et je sais comment les éviter.
Ressources génétiques et Protocole de Nagoya
Ressources génétiques et Protocole de Nagoya
Si vous utilisez du matériel biologique, plus spécifiquement des ressources génétiques, vous devez respecter certaines obligations de diligence prévues par le Règlement (UE) n° 522/2014. Ce règlement transpose les éléments obligatoires du Protocole de Nagoya dans l’Union européenne. Chaque pays détient des droits souverains sur les ressources génétiques présentes sur son territoire, y compris les animaux, les plantes et les micro-organismes. Le Protocole de Nagoya constitue un cadre juridique international visant à permettre le partage juste et équitable des ressources génétiques, y compris les connaissances traditionnelles qui y sont associées, ainsi que des avantages découlant de leur utilisation.
Les chercheurs ont l’obligation légale de se conformer au Protocole de Nagoya. Celui-ci s’applique uniquement aux ressources génétiques 1) provenant d’un pays partie au Protocole de Nagoya ayant adopté une législation sur l’accès et le partage des avantages (Access and Benefit Sharing – ABS) ; 2) utilisées à des fins d’« utilisation des ressources génétiques » postérieurement au 12 octobre 2014. Le Protocole ne s’applique pas :
- aux ressources génétiques humaines
- aux ressources génétiques déjà couvertes par d’autres instruments internationaux spécialisés (ex. Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture)
- aux ressources génétiques commercialisées comme des marchandises.
Le Protocole s’applique aussi bien aux chercheurs qui obtiennent les ressources génétiques directement dans le pays d’origine qu’à ceux qui les obtiennent indirectement auprès de tiers.
Les chercheurs utilisant ce type de matériel doivent veiller à ce que les ressources génétiques, ainsi que les savoirs traditionnels qui leur sont associés, aient été obtenus en conformité avec les lois du pays fournisseur sur l’accès et le partage des avantages. Cela suppose d’obtenir toutes les autorisations nécessaires, de conserver une documentation appropriée et de déposer, le cas échéant, les déclarations de diligence raisonnable requises auprès des autorités compétentes.
Plus d’informations et une checklist pour les chercheurs sont disponibles sur le site du Protocole de Nagoya fourni par le Conseil Interuniversitaire Flamand (VLIR).
Types de recherche impliquant des participants humains et législation applicable
Types de recherche impliquant des participants humains et législation applicable
La manière dont les procédures d’approbation éthique pour les recherches impliquant des participants humains sont organisées dépend fortement de la législation applicable dans le pays où la recherche est menée, en combinaison avec d’éventuelles obligations supplémentaires fixées par l’institution d’accueil. Sans entrer dans les détails, la recherche impliquant des participants humains peut être globalement divisée en deux catégories : d’une part, les projets de recherche médico-scientifique et liés aux soins de santé et les recherches non médicales, d’autre part.
En Belgique, plusieurs législations encadrent la recherche impliquant des participants humains, tant au niveau de l’Union européenne qu’au niveau de la législation fédérale locale.
Exemples de legislation européenne :
- Le Règlement relatif aux essais cliniques (Clinical Trial Regulation – CTR), règlement (UE) 536/2014
- Le Règlement relatif aux dispositifs médicaux (Medical Device Regulation – MDR), règlement (UE) 2017/745
Exemples de legislation belge :
- La loi du 7 mai 2004 relative aux expériences sur la personne humaine
- La loi du 19 décembre 2008 relative à l’obtention et à l’utilisation de matériel corporel humain à des fins d’application médicale chez l’homme ou de recherche scientifique
- La mise en œuvre des règlements MDR et IVDR
Quelques définitions importantes :
Expérience (telle que définie par la loi sur les expériences humaines) :
« Toute mise à l’épreuve, étude ou recherche effectuée sur une personne humaine, en vue du développement des connaissances propres à l’exercice des professions de soins de santé. ».
Étude clinique (telle que définie à l’article 2 du CTR) :
Toute investigation menée sur l’être humain ayant pour objet de :
- découvrir ou vérifier les effets cliniques, pharmacologiques ou autres effets pharmacodynamiques d’un ou plusieurs médicaments.
- identifier toute réaction indésirable à un ou plusieurs médicaments ; ou
- étudier l’absorption, la distribution, le métabolisme et l’excrétion d’un ou plusieurs médicaments,
- dans le but d’établir la sécurité et/ou l’efficacité de ces médicaments.
Essai clinique (telle que définie à l’article 2 du CTR) :
Une étude clinique qui répond à l’une des conditions suivantes :
- l’attribution du sujet à une stratégie thérapeutique particulière est décidée à l’avance et ne relève pas de la pratique clinique normale de l’État membre concerné,
- la décision de prescrire le médicament expérimental est prise en même temps que la décision d’inclure le sujet dans l’étude clinique,
- des procédures diagnostiques ou de suivi supplémentaires par rapport à la pratique clinique normale sont appliquées aux participants.
Dispositif médical (tel que défini à l’article 2 du MDR) :
Tout instrument, appareil, équipement, logiciel, implant, réactif, matériau ou autre article destiné par le fabricant à être utilisé, seul ou en association, chez l’être humain à des fins médicales spécifiques de :
- diagnostic, prévention, surveillance, prédiction, pronostic, traitement ou atténuation d’une maladie,
- diagnostic, surveillance, traitement, atténuation d’une blessure ou d’un handicap, ou compensation de ceux-ci,
- investigation, remplacement ou modification de l’anatomie ou d’un processus ou état physiologique ou pathologique,
- fourniture d’informations au moyen d’un examen in vitro d’échantillons provenant du corps humain, y compris les dons d’organes, de sang et de tissus,
et qui n’exerce pas son action principale voulue par des moyens pharmacologiques, immunologiques ou métaboliques, dans ou sur le corps humain, mais dont la fonction peut être assistée par de tels moyens.
our mener des recherches médico-scientifiques et liées aux soins de santé, il est impératif que les chercheurs se familiarisent avec les principes universels de la Déclaration d’Helsinki et de la Convention d’Oviedo sur la bioéthique. Par ailleurs, ils sont tenus de respecter les principes des Bonnes Pratiques Cliniques (Good Clinical Practice – GCP).
Recherche impliquant des animaux de laboratoire
Recherche impliquant des animaux de laboratoire
Afin de minimiser les risques liés aux tests sur l’humain, il est parfois nécessaire, par exemple, de tester d’abord un nouveau traitement ou médicament sur des animaux de laboratoire. Les connaissances acquises grâce à la recherche animale contribuent au développement de nouvelles méthodes de diagnostic et de prévention, ainsi qu’à la mise au point de nouveaux traitements et vaccins. Les tests sur animaux sont évités autant que possible : ils ne sont réalisés que lorsqu’il n’existe aucune alternative scientifiquement équivalente. L’utilisation d’animaux à des fins de recherche scientifique est toujours encadrée par un vétérinaire, un comité d’éthique et une cellule de bien-être animal. Pour garantir le bien-être des animaux, les études doivent répondre à des exigences strictes.
Tout laboratoire réalisant des tests sur des vertébrés susceptibles de ressentir de la douleur ou de l’inconfort doit être reconnu par les autorités et disposer d’un comité d’éthique. Les principes des 3R (Remplacer, Réduire, Raffiner) doivent être respectés lors des expérimentations animales, ce qui implique :
- rechercher des alternatives aux tests sur animaux,
- limiter le nombre d’animaux utilisés,
- améliorer en continu les méthodes employées.
Une autorisation éthique est requise à chaque fois que vous travaillez avec des animaux de laboratoire (expériences, prélèvements d’organes ou reproduction d’animaux porteurs d’un phénotype douloureux).
Un Comité d’éthique pour l’expérimentation animale (Ethics Committee for Animal Testing – ECD) a pour missions de:
- évaluer les expériences animales prévues et réalisées,
- établir des critères pour l’utilisation éthique des animaux de laboratoire,
- conseiller les laboratoires et l’autorité de contrôle sur les aspects éthiques liés à l’expérimentation animale.
Toutes les universités flamandes sont transparentes quant à l’usage d’animaux de laboratoire et ont signé l’accord de transparence sur la recherche animale en Belgique.
De nombreuses institutions de recherche encouragent activement et promeuvent l’utilisation de méthodes substitutives (Non-Animal Methods – NAM’s) fin de réduire le recours aux animaux. En Belgique, une base de données en ligne a été créée pour valoriser ces méthodes et accroître leur visibilité : https://www.re-place.be/.
Sujets humains et leur consentement
La recherche implique souvent de travailler avec des participants humains et d’utiliser des outils méthodologiques spécifiques, par exemple : enquêtes, questionnaires, entretiens, tests standardisés, observations directes, ethnographie, enregistrements d’expériences avec des volontaires, interventions physiques de toutes sortes. En raison de l’impact potentiel de ces pratiques de recherche, les chercheurs doivent réfléchir attentivement aux implications éthiques des sujets et méthodologies choisis et envisager des moyens de réduire les risques de préjudices (psychologiques, sociaux, juridiques, économiques, environnementaux, etc.) qui pourraient survenir. La recherche impliquant plus qu’un risque minimal concerne généralement :
- des catégories potentiellement vulnérables d’individus telles que les enfants/mineurs, les patients, les personnes victimes de discrimination, les personnes ou groupes incapables de donner leur consentement, les personnes en désaccord, les communautés immigrées ou minoritaires, les travailleurs du sexe, etc.
- des thématiques personnelles ou sensibles susceptibles d’induire stress psychologique, anxiété ou humiliation, voix discordantes, critiques envers autrui, etc.
- la tromperie
- le recours à des répondants via internet/réseaux sociaux (par ex. utilisation d’images identifiables ou discussion de questions sensibles)
- …
Une évaluation préalable des risques et bénéfices est toujours cruciale dans la conception d’un projet de recherche.
Lors de la réalisation d’études avec des participants humains, un certain nombre de biais doivent être considérés dès la conception de l’étude. La liste ci-dessous n’est pas exhaustive mais illustre des écueils potentiels.
Biais de non-réponse
« Un biais qui survient en raison de différences systématiques entre les répondants et les non-répondants. »
Les participants qui ne répondent pas à l’invitation de participer peuvent différer substantiellement (par ex. en termes de perspectives, de constitution, etc.) de ceux qui acceptent. Ne pas tenir compte de ce biais lors de la conception de la recherche peut mener à des caractéristiques de population erronées.
Biais d’observateur
« Le processus d’observation et d’enregistrement d’informations qui inclut des écarts systématiques par rapport à la vérité. »
Ce biais peut se produire dans les études observationnelles ou interventionnelles, puisque l’observateur, en tant qu’être humain, est sujet à la subjectivité et que les perceptions empiriques peuvent varier d’une personne à l’autre. La valeur observée n’est donc pas toujours la valeur réelle. « Lorsque le jugement subjectif fait partie de l’observation, il existe un fort potentiel de variabilité entre observateurs, et certaines de ces différences peuvent être systématiques et générer un biais ».
Biais de volontaire
« Les participants qui se portent volontaires pour une étude présentent intrinsèquement des caractéristiques différentes de celles de la population générale d’intérêt ».
Idéalement, un ensemble de participants doit être représentatif de l’ensemble de la population visée. Or, les volontaires ne le sont pas toujours. Cela peut être lié à des facteurs sociodémographiques, aux attitudes vis-à-vis des essais ou des institutions concernées, mais aussi au sujet de l’étude (par ex. recherches sur l’usage de drogues).
Toutes les définitions et clarifications ci-dessus sont soit des citations directes, soit des reformulations tirées du Catalogue of Bias.
Consentement éclairé
La participation à la recherche doit à tout moment rester entièrement volontaire. Pour prendre cette décision en toute conscience, les participants doivent être correctement et pleinement informés. Les chercheurs doivent obtenir et consigner clairement le consentement éclairé des participants avant leur participation à l’étude.
Il est important de distinguer le consentement éthique (accord pour participer à une étude) et le consentement comme base légale pour le traitement de données à caractère personnel. Pour des raisons éthiques, il peut être nécessaire d’obtenir le consentement des participants pour participer à une étude spécifique (cela peut être une obligation légale ou une recommandation éthique). Cependant, ce consentement éthique à la participation ne correspond pas nécessairement au consentement comme base juridique pour le traitement des données personnelles.
Illustration par Patrick Hochstenbach sous licence Creative Commons CC BY-SA 4.0.
Principes clés du consentement éclairé
Les participants doivent recevoir un formulaire de consentement éclairé et une fiche d’information détaillée qui :
- soit rédigée dans une langue et avec des termes qu’ils peuvent comprendre (le langage utilisé doit être compréhensible par un adolescent de 14 ans).
- décrive les objectifs, méthodes et implications de la recherche, la nature de la participation et les éventuels bénéfices, risques ou inconforts qui pourraient en découler.
- communique clairement la charge imposée au participant et veille à ce qu’elle soit raisonnable et proportionnée
- indique explicitement que la participation est volontaire et que les participants ont le droit de refuser ou de se retirer à tout moment et sans justification
- précise comment les échantillons biologiques et les données seront collectés et protégés pendant le projet, puis détruits ou réutilisés par la suite
- indique les procédures prévues en cas de découvertes fortuites ou inattendues (en particulier si les participants ont le droit de savoir, ou de ne pas savoir, ces résultats)
- indique les procédures de gestion rigoureuse des données de recherche qui seront mises en place (voir ci-dessous)
Il doit être garanti que les participants potentiels ont pleinement compris les informations et qu’ils ne se sentent pas forcés ou contraints à donner leur consentement. En règle générale, les participants doivent donner leur consentement par écrit (par ex. en signant les formulaires de consentement éclairé et la fiche d’information).
» J’offre à mes étudiants des crédits de cours (supplémentaires) lorsqu’ils participent à mon projet de recherche en tant que participants. »
Lorsque la recherche implique des participants se trouvant dans une relation de dépendance avec les chercheurs (étudiants, clients, personnel), ceux-ci doivent prendre les mesures nécessaires pour protéger ces personnes contre toute conséquence négative en cas de refus ou d’arrêt de participation. Dans les cas où des crédits de cours (supplémentaires) sont proposés, les étudiants doivent être informés de moyens alternatifs d’obtenir le même nombre de crédits. Ces alternatives doivent être comparables en termes de temps et d’effort.
Lorsque l’obtention du consentement requiert une attention particulière
Dans certains cas, les participants ne peuvent pas donner eux-mêmes leur consentement, même si la recherche présente une valeur significative. Ces projets ne peuvent être menés que si :
- les études avec des adultes consentants seraient inefficaces
- les participants ne sont exposés qu’à un risque et une charge minimaux
- les résultats de la recherche bénéficieront à l’individu ou au groupe qu’ils représentent
La recherche impliquant des personnes dont l’état de santé ou les capacités cognitives/physiques ne permettent pas l’expression d’un consentement éclairé (par exemple des patients inconscients, des personnes âgées atteintes de déficiences cognitives sévères, ou des personnes jugées inaptes sur le plan mental) ne peut être réalisée que si l’état physique ou mental qui empêche le consentement est une caractéristique nécessaire du groupe étudié. Dans de telles circonstances, le chercheur doit solliciter le consentement éclairé du représentant légal et maintenir une relation active avec celui-ci pendant toute la durée de la recherche. Dans la mesure du possible, l’assentiment, c’est-à-dire l’accord affirmatif du participant doit être obtenu en plus du consentement du représentant légal. En l’absence de représentant légal, et si l’étude ne peut être reportée, l’intervention peut débuter sans consentement préalable, à condition que les modalités et procédures aient été approuvées par le comité d’éthique compétent et qu’elles respectent la législation en vigueur. L’autorisation de maintenir la participation doit être obtenue dès que possible, soit du participant, soit de son représentant légal.
Les mineurs constituent une catégorie particulière. Lors de la collecte de données auprès de mineurs, si le consentement parental est requis, il faut également obtenir l’assentiment de l’enfant, afin qu’il puisse exprimer ses souhaits, quel que soit son âge.
Dans certains cas, le consentement du mineur peut être suffisant.
En cas de désaccord de l’enfant (contradictoire avec le consentement du parent), les chercheurs doivent respecter la volonté de l’enfant. Ils doivent également maintenir une relation active avec les parents, tuteurs légaux ou responsables, tout au long de la recherche.
Si le consentement écrit n’est pas possible (par ex. en cas d’analphabétisme), un consentement non écrit doit être formellement documenté et attesté par un témoin indépendant, c’est-à-dire une personne non impliquée dans l’étude, non associée aux chercheurs, et sans intérêt personnel ou bénéfice lié aux résultats de la recherche. Il peut exister des situations où les procédures standard de consentement écrit sont préjudiciables ou offensantes pour les participants (par ex. certains groupes minoritaires nourrissant une méfiance particulière à l’égard des autorités officielles, ou des contextes où des déclarations critiques ou personnelles — par ex. liées à l’orientation sexuelle — pourraient être dangereuses). Dans de tels cas, un consentement alternatif doit être obtenu (par ex. oralement). L’absence de consentement écrit standard doit être justifiée auprès du comité d’éthique et approuvée par lui.
Tromperie
Si une méthode de tromperie (deception) est utilisée, ses modalités et circonstances doivent être explicitées et approuvées par le comité d’éthique. La tromperie exige une justification solide ainsi qu’une évaluation appropriée de son impact et des risques encourus par les chercheurs comme par les participants. Un consentement éclairé rétrospectif doit être obtenu dès que possible et les participants doivent recevoir un débriefing.
Gestion des données dans le cadre du consentement éclairé
Au-delà des aspects éthiques concernant les participants eux-mêmes, certaines exigences éthiques peuvent concerner les données et nécessitent une clarification supplémentaire et l’approbation des participants via le consentement éclairé.
- La communication sur les données doit éviter le jargon professionnel et mettre l’accent sur la valeur ajoutée pour les participants (ex. sécurité du stockage des données, politique de partage et de réutilisation, anonymisation, etc.).
- Pour garantir la sécurité des données et éviter que leur publication, sous quelque forme que ce soit, n’entraîne (directement ou indirectement) une violation de la confidentialité et de l’anonymat convenus, une vigilance particulière doit être portée aux aspects (techniques) de la collecte et du stockage des données de recherche. Cela est d’autant plus vrai lorsque des outils de codage électronique sont utilisés.
- En lien avec le travail impliquant des participants humains et des données personnelles, des mesures supplémentaires doivent être prises.
Parce que la recherche est un processus dynamique et peut comporter différents enjeux légaux et éthiques dans un même projet, il est recommandé de contacter votre comité d’éthique local pour aligner toutes les exigences, en particulier pour les sujets sensibles ou complexes. Il est également essentiel de comprendre que l’éthique n’est pas une simple case à cocher et que, même après l’obtention d’un avis favorable, de nouveaux enjeux éthiques peuvent apparaître et nécessiter un nouvel examen par le comité d’éthique.
Règles et réglementations éthiques
Introduction aux règles et réglementations éthiques
Il est attendu d’eux qu’ils connaissent, respectent et appliquent les règles légales et les pratiques éthiques propres à leur domaine de recherche, les lois et réglementations en vigueur, ainsi que les principes et standards éthiques généraux établis dans les codes et standards institutionnels, sectoriels, nationaux et internationaux relatifs à l’intégrité scientifique.
Code ALLEA :
- Les chercheurs, les institutions scientifiques et les établissements assurant une mission de recherche se conforment aux codes, guides et règles qui leur sont applicables.
- Les chercheurs traitent les participants et sujets de leur recherche (qu’il s’agisse d’humains ou d’animaux, ou qu’ils aient un caractère culturel, biologique, environnemental ou physique) ainsi que les données les concernant avec respect et attention, et conformément aux dispositions légales et aux principes éthiques.
- Les chercheurs tiennent dûment compte de la santé, de la sécurité et du bien-être de la communauté, de leurs collaborateurs et des autres parties liées à leurs recherches.
- Les chercheurs reconnaissent et mesurent les dangers et risques potentiels liés à leurs recherches et aux applications de celles-ci et atténuent leurs possibles impacts négatifs.
- Lorsque cela est pertinent, les protocoles de recherche tiennent compte des, et reflètent l’attention portée aux différences entre les participants, telles que l’âge, le sexe, la culture, la religion, la vision du monde, l’ethnicité, la localisation géographique et la situation sociale.
Considérations et responsabilités éthiques
En règle générale, les activités de recherche menées au sein des universités flamandes doivent prendre en compte l’ensemble des lois et réglementations pertinentes, ainsi que les considérations éthiques nécessaires. Bien que leur mise en œuvre et les procédures qui les accompagnent puissent différer d’une institution à l’autre, les principales considérations éthiques se résument souvent à :
- The Le bien-être des participants humains et des animaux de laboratoire.
- Le bien-être des personnes qui mènent l’activité de recherche.
- Les intérêts de la société dans son ensemble.
- Le respect du patrimoine culturel, des droits humains et de l’environnement.
- La sécurité des individus ou des groupes, avec une attention particulière pour les minorités et les groupes vulnérables.
- La préservation de la réputation du groupe de recherche, de la faculté, de l’université et de la pratique scientifique dans son ensemble.
Parce que la recherche est un processus dynamique et peut comporter différentes questions légales et éthiques au sein d’un même projet, il est recommandé de contacter son comité d’éthique local afin d’harmoniser toutes les exigences, en particulier pour les sujets complexes et sensibles. En raison de ce caractère évolutif, il est important de reconnaître que l’éthique n’est pas un simple exercice de type « case à cocher » : après l’obtention d’un avis favorable, de nouvelles questions éthiques peuvent surgir et nécessiter une réévaluation par le comité d’éthique.
Pour les chercheurs
En tant que chercheur au sein d’une institution académique, vous êtes responsable de veiller à ce que tous les contrats légaux nécessaires et toutes les autorisations éthiques aient été obtenus avant de commencer votre recherche. Lorsque cela est applicable, vous devez vous assurer d’avoir l’approbation des comités d’éthique compétents. Cette approbation peut être exigée par la loi, par le bailleur de fonds (par exemple FWO, UE, …) comme condition de financement, ou encore par les éditeurs et revues scientifiques pour la publication d’un article. Il est également possible que votre institution impose une validation éthique pour certains types d’activités.
(Trop) tard
Chaque chercheur doit être conscient des conséquences possibles de l’absence d’un avis éthique positif obtenu à temps. Cela peut, par exemple, entraîner le refus éditorial de publier les résultats de recherche, le rejet d’une demande de financement ou l’impossibilité de démarrer un projet approuvé. Il est donc essentiel que les chercheurs contactent les comités d’éthique et les services juridiques de leur institution avant le début du projet : une approbation rétroactive n’est pas possible. Le service juridique doit disposer de suffisamment de temps pour vérifier la proposition et l’appel, rédiger le contrat nécessaire, organiser le processus de signature avec le mandataire compétent, etc…
Un parachute défecteux
La helicopter research, également appelée « parachute science », désigne la pratique selon laquelle des chercheurs issus de pays à revenu élevé mènent des recherches dans des pays à revenu plus faible ou au sein de communautés marginalisées, avec peu ou pas d’implication des chercheuses et chercheurs locaux et sans bénéfices pour ces communautés (Nature, 2022). Parmi ces pratiques figurent, par exemple, la mise en place d’études sans prendre en compte les besoins locaux, ou encore l’isolement d’échantillons biologiques intéressants destinés à être exploités ensuite dans des activités de R&D dans le pays d’origine.
Ethics dumping
De la même manière, les chercheurs ne devraient pas s’adonner à l’ethics dumping, pratique consistant à mener à l’étranger, sous des contrôles éthiques moins stricts, des recherches qui ne seraient pas tolérées au sein de l’UE.
Le TRUST Code, également appelé ‘A Global Code of Conduct for Equitable Research Partnerships’ onstitue une ressource utile pour l’ensemble des parties prenantes de la recherche souhaitant garantir que les projets internationaux soient équitables et exempts de pratiques d’ethics dumping et de helicopter research (TRUST, 2018).
Les bonnes pratiques proposées dans ce code de conduite s’appuient sur les principes d’équité, de respect, de soin et d’honnêteté, traduits en 23 recommandations concrètes visant à éviter les doubles standards dans la recherche et à soutenir des relations de recherche équitables et durables entre partenaires de pays à revenu faible et élevé.
Depuis sa publication en 2018, le TRUST Code a été adopté par plusieurs organismes de financement (dont la Commission européenne), des éditeurs et des institutions.
Plusieurs bailleurs de fonds ont pris des mesures pour prévenir l’ethics dumping. Par exemple, dans le cadre d’Horizon Europe, aucun financement ne peut être accordé à des activités menées en dehors de l’UE si elles sont interdites dans tous les États membres. Lorsqu’un projet est accordé, les chercheurs doivent fournir une confirmation indiquant que l’activité aurait pu être légalement réalisée dans un pays de l’UE, par exemple en sollicitant l’avis d’une structure éthique compétente au sein de l’UE (EU Grants, 2021).
De même, le Flemish research foundation (FWO) impose une procédure de double vérification pour les recherches sensibles sur le plan éthique menées en dehors de l’Europe. Cela implique :
- Une approbation éthique doit être obtenue dans le pays non membre de l’UE où le projet doit être exécuté. Pour les essais cliniques et animaux, les structures de gouvernance nécessaires doivent être mises en place localement. D’autres types de recherches impliquant des participants humains (par ex. recherches comportementales ou sociologiques) peuvent également nécessiter un consentement institutionnel, régional ou national (avec ou sans comité d’éthique), et/ou un consentement au niveau communautaire.
- Simultanément, le comité d’éthique compétent de l’institution de recherche flamande ou européenne doit évaluer si la recherche proposée est conforme aux principes éthiques fondamentaux (comme ceux contenus, par exemple, dans la ‘Declaration of Helsinki‘ pour les expériences sur l’être humain) ainsi qu’à l’esprit et aux principes des réglementations nationales ou européennes en vigueur.