Category : Bonnes pratiques académiques
Citation et référencement
Citation et référencement
Rédiger dans un style académique est une compétence à part entière. Elle suppose la connaissance de règles fondamentales et beaucoup de pratique. C’est un apprentissage progressif qui ne s’acquiert pas du jour au lendemain.
Le Code ALLEA répertorie les pratiques inacceptables suivantes :
- Citer de manière sélective ou inexacte.
- Allonger de manière inutile la bibliographie d’une étude afin de satisfaire les éditeurs, les examinateurs (reviewers) ou les collègues, ou de manipuler les données bibliographiques.
- Republier d’importants passages tirés de ses propres publications antérieures, y compris des traductions, sans reconnaître ou citer dûment l’original (« autoplagiat »).
Pour toute connaissance utilisée dans un travail académique, il est indispensable de faire référence correctement à la source originale, qu’il s’agisse d’un texte, d’images, de la structure d’un document, d’informations en ligne, etc. Cela implique une citation dans le corps du texte ainsi qu’une référence complète dans la bibliographie. Les flux d’information doivent rester traçables à tout moment pour le lecteur. À défaut, il peut s’agir de plagiat.
La manière dont les informations issues des sources originales sont exploitées peut varier et requiert donc des approches différentes.
Lorsqu’un auteur souhaite reprendre textuellement les mots d’une source, sans aucune modification, une attention particulière doit être accordée à la référence correcte. Les citations doivent être présentées de manière visible (par exemple entre guillemets, en italique, etc.), accompagnées d’une citation dans le texte et d’une mention complète dans la bibliographie.
L’usage des citations est conseillé lorsque :
- Vous souhaitez renforcer votre argument par la force des mots de l’auteur original
- Vous souhaitez marquer un désaccord avec l’argumentation d’un auteur
- Vous voulez mettre en évidence des formulations particulièrement éloquentes ou puissantes
- Vous comparez et confrontez des points de vue spécifiques ;
- Vous souhaitez signaler des travaux de recherche importants qui précèdent les vôtres
Texte source : The writing center – When to summarize, paraphrase, and quote.
Dans tous les autres cas, il convient de recourir à la paraphrase. Cela consiste à générer un nouveau contenu à partir des idées d’autres auteurs, en les reformulant dans vos propres termes. Les règles générales de référencement s’appliquent également (citation dans le texte + référence complète en bibliographie).
Styles de référence
Il existe de nombreux styles de références, souvent définis par la discipline ou la revue à laquelle l’on destine l’article. Pour savoir quel style adopter, il convient de se renseigner auprès de son directeur de recherche, superviseur ou collègues, ou de consulter les consignes aux auteurs sur le site de la revue.
Les systèmes les plus connus sont :
- APA – 7th ed. (American Psychological Association)
- Chicago – 17th ed. (Utilisé pour les notes de bas de page)
- MLA – 8th ed. (Modern Language Association)
- Harvard
- Vancouver (Principalement utilisé en biomédecine)
Il arrive que l’on cite une connaissance originale sans avoir consulté directement la source primaire, mais en s’appuyant sur un autre document dont l’auteur avait lui-même lu la source initiale. On parle alors de référencement secondaire. Cette pratique comporte des risques : l’information peut avoir été mal lue, mal interprétée ou citée de manière sélective. En reprenant ce contenu sans vérifier l’original (par exemple en raison d’un accès payant), on perpétue, voire on amplifie, une information erronée.
Comment gérer le référencement secondaire ?
- Vous devez toujours consulter vous-même la source originale, vérifier le contenu et citer directement la source initiale.
- Vous devez toujours consulter la source originale vous-même, vérifier le contenu et utiliser le référencement tel que décrit ci-dessus. En complément, vous ajoutez la mention « cité dans : » suivie de la référence de l’ouvrage que vous avez lu. S’il s’agit d’une citation textuelle, la même référence étendue est nécessaire.
- La meilleure pratique en matière de recherche consiste à consulter vous-même la source originale, à en vérifier le contenu et à utiliser le référencement tel que décrit ci-dessus. Toutefois, afin de garder l’effort raisonnable et pragmatique, il est conseillé d’appliquer cette règle prioritairement aux connaissances ou arguments qui constituent le cœur de votre travail. Pour des détails périphériques, les chercheurs peuvent utiliser le même type de référence que ci-dessus, en ajoutant « cité dans : » suivi de la référence de l’ouvrage lu. Là encore, s’il s’agit d’une citation textuelle, une référence étendue est requise.
Affiliation de l’auteur
Affiliation de l’auteur
Outre les noms des auteurs, les publications mentionnent leurs affiliations, apportant des précisions sur l’université, la faculté ou le département auquel chaque auteur est rattaché. Un auteur peut avoir plusieurs affiliations, par exemple lorsqu’il est lié à plusieurs entités au sein d’une même université, ou encore lorsqu’il occupe des fonctions dans plusieurs institutions.
Lors de la mention des affiliations, il est essentiel de veiller à ce qu’elles reflètent les lieux où la recherche a effectivement été réalisée. Bien qu’il puisse être tentant d’indiquer le plus grand nombre possible d’affiliations, les chercheurs doivent garder à l’esprit qu’une affiliation ne peut être revendiquée que si le travail et la recherche ayant conduit à la publication ont réellement été effectués dans l’institution concernée.
Pourquoi est-il important que l’affiliation de l’auteur soit correcte ?
Outre le fait qu’elle aide à identifier les auteurs (notamment lorsque plusieurs chercheurs portent le même nom) et qu’elle attribue une reconnaissance légitime à l’institution d’accueil, l’affiliation engage également la responsabilité des institutions mentionnées. Elle indique en effet au lecteur « à qui s’adresser » en cas de questions ou de problèmes liés à la recherche, par exemple sur le plan éthique ou en matière d’intégrité scientifique. De plus, une affiliation correcte revêt une importance particulière pour l’identification d’éventuels conflits d’intérêts (notamment financiers).
Fournir une affiliation erronée revient à ne pas attribuer le mérite à la bonne institution. Une erreur fréquente est la suivante : un chercheur réalise son travail dans l’institution A, puis quitte cette institution avant la publication pour rejoindre l’institution B. Même s’il peut sembler logique d’indiquer l’institution B dans la publication, puisqu’il s’agit de l’affiliation actuelle du chercheur, cette pratique est incorrecte : les travaux n’ont pas été réalisés dans l’institution B. Dans ce cas, seule l’institution A doit être mentionnée. Pour signaler que le chercheur a changé d’affiliation, il est possible d’indiquer son adresse actuelle séparément.
Fournir une fausse affiliation dans le but de manipuler la perception et la crédibilité d’une recherche, et ainsi d’augmenter les chances de publication, constitue une pratique inacceptable. De même, le simple fait d’être étudiant d’une université ne signifie pas que ses travaux puissent être publiés comme émanant de celle-ci. Les activités de recherche menées de manière autonome, sans encadrement de l’institution d’accueil, ne doivent pas être attribuées à cette université.
Omission d’une affiliation pertinente : les chercheurs peuvent parfois être tentés d’omettre une affiliation afin de faciliter l’acceptation d’un article. Cette omission est souvent liée à la volonté de dissimuler un conflit d’intérêts, ce qui constitue bien entendu une pratique inacceptable.
Quand y penser ?
Les affiliations indiquent quelles institutions sont impliquées dans un projet de recherche. Elles doivent être correctement précisées à chaque étape de communication relative au projet, ce qui les rend pertinentes tout au long du cycle de recherche :
- lors du dépôt d’une proposition de recherche pour obtenir un financement ;
- dans les rapports d’avancement (par exemple, lors de présentations dans d’autres institutions ou congrès) ;
- lors de la communication finale à l’issue du projet (souvent sous la forme d’une publication) ;
- durant le suivi après la clôture du projet.
Autorat (Authorship)
Autorat (Authorship)
Qui est auteur ? Critères d’attribution du statut d’auteur
L’autorat constitue une manière explicite de reconnaître toutes les personnes ayant apporté une contribution significative au travail. Cela implique, en retour, que l’on puisse attendre de tous les auteurs qu’ils assument l’entière responsabilité de l’ensemble des aspects du travail, sauf disposition contraire.
Code ALLEA :
Bonnes pratiques académiques :
- Tous les auteurs s’entendent formellement sur l’ordre de citation des auteurs, et reconnaissent que l’autorat repose sur : (1) une contribution significative à la conception de la recherche, à la collecte de données pertinentes et à leur analyse et/ou à leur interprétation ; (2) la rédaction et/ou l’examen critique de la publication ; (3) l’approbation de la publication finale ; et (4) l’entière responsabilité du contenu de la publication, sauf indication contraire dans la publication.
- Autant que possible, les auteurs incluent une « Déclaration de contribution des auteurs » dans la publication finale, décrivant les responsabilités et les contributions de chaque auteur.
- Les auteurs reconnaissent les travaux et les contributions importants de tiers qui ne remplissent pas les conditions pour être auteurs, notamment des collaborateurs, des assistants et des bailleurs de fonds qui ont rendu possibles les travaux de recherche.
Pratiques inacceptables :
- Modifier l’autorat, ou dénigrer le rôle d’autres chercheurs dans des publications.
Comme la science elle-même, les normes d’attribution de l’autorat peuvent évoluer, par exemple lorsque les pratiques dominantes d’une discipline changent au fil du temps. Le contexte de recherche constitue également un facteur déterminant. Ainsi, il peut devenir difficile, mais non impossible, d’attribuer correctement l’autorat dans le cas de collaborations de grande ampleur, de la spécialisation croissante ou encore de l’essor de la recherche inter- et transdisciplinaire.
Néanmoins, les principes fondamentaux énoncés dans le code ALLEA doivent être respectés, car ils constituent le standard minimal applicable à tous les chercheurs, dans toutes les disciplines et pour toutes les formes de production scientifique. Cela signifie que :
- Tous ceux désignés comme auteurs doivent satisfaire à l’ensemble des critères de l’autorat, et toute personne remplissant ces critères doit être reconnue comme auteur.
- Ceux qui ne satisfont pas à l’ensemble des critères doivent être mentionnés, par exemple dans une liste distincte des remerciements ou en note de bas de page.
- Outre la responsabilité des parties du travail qu’il a réalisées, un auteur doit être en mesure d’identifier quels co-auteurs sont responsables des autres parties spécifiques du travail.
- Enfin, chaque auteur doit pouvoir avoir confiance dans l’intégrité des contributions de ses co-auteurs.
En plus du code ALLEA, qui constitue le cadre de référence principal, de nombreuses autres parties prenantes de la recherche — financeurs, revues scientifiques, etc. — ont élaboré leurs propres directives en matière d’autorat. Parmi les exemples figurent les recommandations de l’International Committee of Medical Journal Editors (ICMJE), initialement développées pour le domaine (bio)médical mais aujourd’hui suivies dans de nombreux autres champs disciplinaires, ou encore les directives des revues de l’American Psychological Association Journals (APA). Il convient également de noter que certaines revues et/ou institutions d’accueil peuvent avoir élaboré leurs propres politiques en matière d’autorat.
Comme les modalités d’approbation de l’autorat peuvent varier selon les codes, les lignes directrices des revues ou même les politiques institutionnelles, il est nécessaire de les consulter le plus tôt possible. Cela est particulièrement crucial en cas de collaboration (internationale).
Ordre des auteurs
Au-delà de l’inclusion ou non d’un chercheur en tant qu’auteur, l’ordre des auteurs est également déterminé par des accords spécifiques. Selon le code ALLEA, tous les auteurs doivent se mettre d’accord sur la séquence retenue.
Différents systèmes peuvent être utilisés, souvent en fonction des disciplines. L’ordre alphabétique ou le degré de contribution/collaboration sont les protocoles les plus connus pour classer les auteurs, mais ils ne doivent pas être considérés comme une manière absolue de déterminer qui a le plus contribué à l’étude. Toute forme de classement est envisageable, à condition qu’elle respecte les principes de l’intégrité scientifique et les politiques en vigueur.
En tant qu’auteur, il est également nécessaire d’être capable d’expliquer le système retenu ainsi que la logique qui a conduit à l’ordre adopté.
Il est recommandé aux chercheurs d’indiquer le système utilisé et les décisions qui en découlent, par exemple dans une note de bas de page. De cette manière, les lecteurs et évaluateurs peuvent apprécier correctement l’ordre des auteurs (et donc les contributions sous-jacentes).
Bonnes pratiques académiques en matière d’autorat
Pour éviter les conflits liés à l’autorat, une communication claire et régulière entre les chercheurs impliqués dans le projet est essentielle. Les différends relatifs à l’autorat figurent parmi les causes les plus fréquentes, sinon la première, de conflits dans la recherche.
Quelques bonnes pratiques pour éviter ces difficultés :
- Ne pas reporter la discussion sur l’autorat : celle-ci ne doit pas être tranchée au moment de la soumission d’un manuscrit, mais abordée le plus tôt possible lors de la préparation de l’article, de manière transparente et de préférence, par écrit, tout au long du projet.
- Comme les contributions peuvent évoluer au cours de la recherche ou de la rédaction de l’article, cela peut avoir un impact sur le maintien ou non d’un chercheur dans la liste des auteurs et/ou l’ajout de nouveaux auteurs. Toute modification nécessaire doit être discutée de manière transparente et validée par l’ensemble des auteurs.
- Faire preuve de cohérence dans l’attribution de l’autorat et appliquer les mêmes critères à tous les participants et dans toutes les publications.
- Reconnaître qu’il existe plusieurs manières de valoriser des contributions : les collaborateurs qui ne remplissent pas les critères de l’autorat peuvent, par exemple, être mentionnés dans les remerciements ou dans une note liminaire de l’article.
- Informer l’ensemble des auteurs et, le cas échéant, les contributeurs, avant de soumettre un manuscrit et obtenir l’approbation de la version finale par tous les auteurs.
Afin de renforcer la transparence, de nombreuses universités et revues recommandent, voire exigent, que les auteurs précisent la contribution de chacun des co-auteurs sous la forme d’une déclaration de contribution, et que cette information soit publiée conjointement avec l’article ou intégrée à celui-ci.
Il s’agit également d’une bonne pratique répertoriée dans le Code ALLEA :
» Autant que possible, les auteurs incluent une « Déclaration de contribution des auteurs » dans la publication finale, décrivant les responsabilités et les contributions de chaque auteur. »
En 2020, la Commission flamande pour l’intégrité scientifique (Vlaamse Commissie voor Wetenschappelijke Integriteit – VCWI) a publié un avis général relatif aux déclarations de contribution des auteurs. Dans cet avis, la VCWI considère l’usage de telles déclarations comme une pratique louable, bénéfique pour la science dans son ensemble, car elles :
- garantissent la faisabilité de la recherche interdisciplinaire en délimitant clairement les responsabilités ;
- contribuent à une évaluation équitable des chercheurs ;
- découragent les pratiques discutables en matière d’autorat, telles que l’autorat honorifique.
Le texte intégral de cet avis, ainsi que d’autres recommandations générales, peuvent être consultés sur le site de la VCWI.
La spécification des contributions peut prendre différentes formes : une déclaration écrite, rédigée dans ses propres termes, dite « déclaration de contribution des auteurs », qu’elle soit ou non présentée selon un format prédéfini ; l’utilisation de badges numériques, chaque contribution étant associée à une couleur spécifique (par exemple, un badge rouge pour la rédaction de la première version) ; le recours à une classification préétablie des différents rôles (traditionnels ou élargis) dans une « Contributor Roles Taxonomy », telle que CRediT. Cette taxonomie de haut niveau comprend 14 rôles (Conceptualisation, Conservation des données, Analyse formelle, Obtention de financements, Recherche, Méthodologie, Gestion de projet, Ressources, Logiciel, Supervision, Validation, Visualisation, Rédaction – version initiale, et Rédaction – révision et édition), qui permettent de décrire de manière uniforme le rôle de chaque contributeur dans le cadre de la recherche.
Il existe plusieurs situations dans lesquelles la liste des auteurs ne reflète pas les contributions réelles apportées à la recherche. Toutes constituent des pratiques de recherche inacceptables. Parmi les plus connues, citons :
- Autorat honorifique (honorary authorship) : inclusion d’auteurs pour des raisons hiérarchiques, par exemple le directeur du département où la recherche a été menée. À noter que le financement d’un projet ne justifie pas en soi une attribution d’autorat.
- Autorat de complaisance (gift authorship) : inclusion d’un collègue n’ayant pas contribué, dans l’attente que celui-ci « rende la faveur ».
- Autorat d’invité (guest authorship) : inclusion d’auteurs dans l’espoir que leur présence facilite le processus d’évaluation ou accroisse la visibilité de l’article après publication.
L’inverse peut également se produire :
- Autorat fantôme (ghost authorship) : lorsqu’une personne remplissant les critères de l’autorat n’est pas mentionnée dans la liste, soit parce qu’elle a été oubliée ou délibérément écartée, soit pour des raisons stratégiques (par exemple afin d’éviter une déclaration de conflit d’intérêts susceptible d’influer sur l’évaluation).
“J’ai longtemps évité d’aborder la question de l’autorat avec mes collaborateurs — jusqu’au jour où j’en ai tiré de douloureuses leçons.“
Témoignage publié dans la revue Science, dans lequel un chercheur relate ses expériences de l’autorat fantôme et de complaisance, et souligne l’importance d’établir des accords clairs dès le début d’un projet.
Autres ressources utiles lors des discussions sur l’autorat :
- How to handle authorship disputes: a guide for new researchers (COPE).
- Authorship agreement form développé par la Graduate School de l’Université de Caroline du Nord à Charlotte.
Illustration par Patrick Hochstenbach sous licence Creative Commons CC BY-SA 4.0.
Quand y penser ?
Ce point est pertinent à toutes les étapes du cycle de la recherche (conception, réalisation, publication). Les discussions relatives à l’autorat doivent de préférence avoir lieu dès le lancement d’un projet de recherche ou lors de la planification d’une collaboration. Par ailleurs, les attentes concernant l’autorat doivent être abordées de manière récurrente tout au long du projet.
Lorsqu’un des auteurs quitte l’institution
Le calendrier de publication d’un article ne correspond pas toujours à l’affiliation académique actuelle d’un chercheur. Il arrive qu’un chercheur quitte l’institution avant qu’un projet ou un article ne soit finalisé. Dans ce cas, il est essentiel de prévoir des dispositions spécifiques afin de clarifier les contributions à l’article ainsi que la reconnaissance qui les accompagne.
Ces dispositions concernent notamment :
- Le chercheur, quittant l’institution, est-il en mesure ou disposé à assurer le suivi de l’article ?
- Que se passe-t-il si des modifications (mineures ou majeures) doivent être effectuées après l’évaluation par les pairs ?
- Que faire si des pratiques de recherche complémentaires s’avèrent nécessaires (par ex. calculs supplémentaires) ?
- Quel sera l’impact éventuel sur les contributions d’autorat et sur l’ordre des auteurs ?
- Que se passe-t-il si l’article est rejeté ? Comment sera organisé le suivi, par exemple en cas de soumission à une autre revue ?
- Comment seront prises les décisions concernant ces changements ?
- …
Même si la publication d’un article peut prendre du temps, il reste indispensable de disposer des coordonnées actualisées du chercheur ayant quitté l’institution. Celui-ci doit être tenu informé en permanence des modifications de fond ou de forme, ainsi que de l’avancement du processus de publication.
Traitement d’images
Traitement d’images
Au-delà de la présentation des données qualitatives et quantitatives, une attention particulière doit être portée à l’utilisation des images numériques pour illustrer différentes conditions expérimentales. Les images doivent être considérées comme des données à part entière, et non comme de simples illustrations venant accompagner des statistiques synthétiques. Toute incohérence (par exemple, l’utilisation d’une même image pour illustrer des conditions expérimentales distinctes) ou toute modification sélective peut gravement compromettre la confiance des pairs dans vos travaux et justifier une correction, voire une rétractation de la publication. Cela est particulièrement critique dans les domaines des sciences biomédicales et biologiques, où les résultats reposent largement sur des technologies spécifiques (microscopie, western blot, cytométrie en flux (FACS), fluorescence, etc.).
Bonnes pratiques académiques lors du traitement et de la présentation d’images
Quelques bonnes pratiques générales à adopter lors du travail et de la présentation d’images sont :
- Des modifications telles que l’ajustement du contraste, de la luminosité et/ou de l’équilibre des couleurs peuvent être acceptables, mais uniquement si elles sont appliquées à l’ensemble de l’image et qu’elles ne compromettent pas une interprétation correcte des données.
- Les chercheurs doivent être en mesure de retracer et de justifier les ajustements effectués.
- La modification sélective d’une image, par exemple pour supprimer ou mettre en évidence certains éléments, est en règle générale inacceptable, même si elle vise à corriger une imperfection sans lien avec les données (par exemple retirer un cheveu, une empreinte digitale, etc.).
- Lorsque plusieurs images sont combinées dans un même champ, cette opération doit être clairement identifiable dans la présentation visuelle et explicitement mentionnée dans la légende. Par exemple, le découpage et l’assemblage de bandes dans un Western blot peut être toléré dans certains cas, mais seulement s’il est signalé de manière appropriée.
- Il convient de toujours conserver les images originales non modifiées et de n’appliquer les ajustements que sur une copie de l’original.
- Les chercheurs doivent être prêts à mettre à disposition les fichiers bruts des images, notamment pour les évaluateurs ou les lecteurs, par exemple en les fournissant en annexe ou via un dépôt de données en ligne.
- De nombreuses erreurs proviennent de la sélection accidentelle d’une image incorrecte ; une gestion rigoureuse des données constitue donc un élément essentiel pour prévenir ce type de problèmes.
- Lors de la création de figures, il est impératif de vérifier, puis de revérifier, que les bonnes images ont été sélectionnées. Dans cette optique, l’utilisation d’images factices (“placeholders”) est déconseillée.
Pour en savoir plus :
- The Office of Research Integrity (ORI): Online Learning Tool for Research Integrity and Image Processing.
- Rossner, M. and Yamada, K. (2004). What’s in a picture? The temptation of image manipulation.
- American Journal experts: Avoiding image fraud: 7 rules for editing images.
« Il peut être tentant de modifier sélectivement une image ou d’en insérer une qui n’est pas directement liée aux résultats, afin d’obtenir une illustration plus représentative de la moyenne des données ou de rendre une figure plus attrayante. Une telle pratique n’est toutefois pas acceptable. »
L’exemple ci-dessous illustre un cas où la même image de blot est utilisée à deux reprises pour représenter deux conditions expérimentales différentes :
(2016) BIK – Prévalence de la duplication inappropriée d’images dans les publications de recherche biomédicale – prépublication bioRxiv.
Bien qu’il puisse s’agir d’une erreur commise de bonne foi, cet exemple illustre à quel point il est facile de se tromper ou d’utiliser une image non pertinente. Dans le cas présent, le problème a pu être identifié car la même image était présentée à deux reprises. En revanche, si l’image n’avait été utilisée que pour illustrer une condition non liée, l’erreur n’aurait probablement pas été détectée.
Présenter ses données
Présenter ses données
La présentation des données constitue le socle de notre savoir scientifique collectif, puisque la compréhension qu’ont les lecteurs d’un jeu de données se limite généralement à ce que les auteurs en exposent dans leurs publications. Les figures jouent un rôle essentiel car elles montrent souvent les données qui sous-tendent les résultats principaux (Weissgerber, 2015).
Malheureusement, les auteurs se contentent souvent de graphiques simplifiés présentant des statistiques résumées, au lieu de fournir des informations détaillées sur la distribution des données ou de montrer l’ensemble du jeu de données. De plus, les images numériques ne doivent pas être considérées comme de simples illustrations esthétiques : elles constituent des données à part entière et doivent être traitées comme telles (Cromey, 2013). Puisque les figures représentent la méthode principale pour donner un aperçu des résultats d’un travail, les chercheurs doivent s’efforcer de présenter leurs données avec fidélité et transparence.
Code ALLEA :
- Les chercheurs publient les résultats et les interprétations de leurs activités de recherche de manière ouverte, honnête, transparente et précise, et respectent la confidentialité des données ou des conclusions lorsqu’il est légitime de le faire.
- Les chercheurs présentent leurs résultats et leurs méthodes, y compris le recours à des services externes ou à des outils d’IA et d’automatisation, de manière conforme aux normes reconnues de leur discipline et de façon à en faciliter, le cas échéant, la vérification ou la réplication.
Biais de publication
Les chercheurs qui ne parviennent pas à reproduire ou à répliquer des résultats antérieurs sont souvent peu enclins à poursuivre leurs investigations ou à publier leurs propres constats. Pourtant, ce phénomène engendre un biais de publication, susceptible de compromettre l’exactitude de la littérature scientifique, avec le risque de canoniser des faits erronés (Nissen et al., 2016). De plus, l’absence de vision complète peut fausser les conclusions tirées de méta-analyses ou de revues systématiques, ce qui conduit à une lecture biaisée susceptible, à son tour, d’influencer les décisions politiques.
Qui est concerné ?
Dans la plupart des cas, l’analyse et la présentation des données sont réalisées par les chercheurs qui les ont collectées.
Les superviseurs et promoteurs ont la responsabilité de vérifier l’intégrité des données recueillies et de s’assurer que l’analyse, la présentation et les conclusions reflètent fidèlement les résultats obtenus.
Les éditeurs doivent mettre en place des politiques claires concernant la présentation des données dans les figures, et veiller non seulement à leur diffusion mais aussi à leur application effective.
Les évaluateurs (peer reviewers) doivent se montrer suffisamment critiques vis-à-vis des figures, repérer les éventuels écueils et suggérer, si nécessaire, des méthodes de présentation alternatives.
Quand réfléchir à la présentation des données ?
La réflexion sur la présentation des données est essentielle : pendant la phase de recherche, en lien avec la gestion et l’analyse des données ; au moment de la publication, lors de la préparation des figures et de leur relecture critique ; après publication, notamment lorsqu’émergent des interrogations sur la validité des données présentées.
Illustrer ses résultats avec des graphiques
L’usage des diagrammes en barres pour représenter des données continues est devenu courant. Pourtant, cette approche repose sur des statistiques résumées (moyennes, écarts) qui masquent souvent la distribution réelle des données, en particulier lorsque l’échantillon est réduit.
Les chercheurs sont encouragés à privilégier des représentations permettant de visualiser la dispersion et les spécificités des données. La présentation doit refléter fidèlement les résultats sans dissimuler de particularités pouvant influencer leur interprétation. Les données doivent convaincre par elles-mêmes, et non par l’effet du graphique.
Quelques bonnes pratiques pour la presentation des données (continues) :
- Fournir autant de données que possible afin de permettre au lecteur d’appréhender leur distribution.
- Éviter les diagrammes en barres pour des données continues, surtout lorsque le nombre d’observations est faible ; privilégier plutôt des dot plots ou des box plots (voir Weissgerber 2019 paper).
- Montrer les valeurs aberrantes (outliers), préciser si elles ont été incluses dans l’analyse statistique et justifier ce choix.
- Au-delà de la liste des tests statistiques dans la section « Méthodes », indiquer le test utilisé pour chaque jeu de données.
La figure ci-dessous illustre comment des distributions très différentes peuvent aboutir au même diagramme en barres. Un accès aux données complètes peut cependant conduire à des conclusions bien différentes de celles suggérées par les seules statistiques résumées (Weissgerber, 2015).
Weissgerber TL, Milic NM, Garovic VD (2015) Beyond Bar and Line Graphs: Time for a New Data Presentation.
Cela illustre l’importance d’avoir accès à l’ensemble complet des données, car celles-ci révèlent d’éventuelles valeurs aberrantes ou une distribution inégale, susceptibles d’influencer à la fois l’analyse statistique et la perception des résultats.
Diffusion des résultats
Responsabilités dans le processus de publication
Pour que la recherche soit solide et digne de confiance, il est essentiel que le comportement scientifique correct ne soit pas seulement mis en œuvre pendant la phase de recherche, mais également au moment de la diffusion des résultats auprès de la communauté scientifique et de la société dans son ensemble. De manière générale, la transparence est primordiale. Bien que la recherche commence par une idée pouvant aboutir à une publication, il est important de souligner qu’il ne suffit pas de s’assurer que les scientifiques qui réalisent le travail respectent les bonnes pratiques, ni que leurs résultats soient ensuite utilisés de manière appropriée. En réalité, d’autres acteurs font partie de cet écosystème, tels que les revues, les éditeurs et d’autres dispositifs offrant une plateforme de diffusion à la recherche. Il est également crucial que la communauté scientifique comme la société dans son ensemble fassent preuve d’esprit critique lorsqu’elles s’approprient des résultats. La conduite responsable de la recherche constitue donc une responsabilité partagée.
Qui est concerné ?
Cela ne diminue en rien la responsabilité des auteurs, qui doivent veiller à ce que la diffusion de leurs travaux soit exacte, réalisée en temps opportun et transparente. Les bonnes pratiques académiques recouvrent notamment une attribution correcte du statut d’auteur, la citation appropriée des travaux antérieurs, le choix d’une plateforme adéquate pour diffuser ses résultats, ainsi qu’une prise en compte rigoureuse des résultats négatifs.
Le moyen le plus courant de diffuser les résultats de recherche reste la publication dans une revue scientifique à comité de lecture (peer-reviewed journal). Ces revues prennent des formes variées : certaines couvrent un large éventail de thématiques, tandis que d’autres sont spécialisées par discipline ou par sujet précis. Quelle que soit leur orientation, elles jouent un rôle central en effectuant un contrôle de la qualité scientifique afin que des travaux de faible valeur ne soient pas publiés et que les résultats ne soient communiqués qu’après avoir été validés par des pairs. Ce processus est appelé évaluation par les pairs (peer review). Les revues doivent définir des critères de qualité internes et organiser un processus de relecture adapté. Pour ce faire, elles s’appuient sur des évaluateurs chargés d’examiner de manière critique les travaux et d’identifier les faiblesses éventuelles d’une étude.
Il est important de souligner que la responsabilité des auteurs comme celle des revues/éditeurs ne s’arrête pas une fois l’article publié. En effet, ils doivent également assumer leurs responsabilités en cas de problème après publication, en corrigeant ou, si nécessaire, en rétractant le travail de manière transparente. Le Committee on Publication Ethics (COPE) propose à cet égard un ensemble de pratiques essentielles ainsi qu’une variété de schémas décisionnels (flowcharts) utiles pour guider aussi bien les lecteurs que les éditeurs de revues lorsqu’ils sont confrontés à des pratiques de recherche inacceptables.
It is important to note that the responsibility of the author(s) and the journal/publisher, does not end once the work has been published. In fact, both authors and journals/publishers have to take responsibility whenever post-publication issues arise, if necessary by correcting or even retracting the work in a transparent way. The Committee on Publication Ethics provides a number of core practices together with a variety of useful flowcharts that can assist readers of the work and journal editors with determining a strategy in case they encounter questionable research practices
Il est essentiel de reconnaître le rôle des lecteurs dans le processus de publication. Ce sont eux qui déterminent l’importance des résultats, par exemple en citant les travaux. Il est donc crucial que ce public fasse preuve d’esprit critique et ne détourne pas les résultats à son avantage. Les lecteurs responsables ne se limitent pas au titre ou au résumé : ils examinent l’article dans son intégralité afin d’en saisir pleinement le contenu. Lire consiste à vérifier si les conclusions sont réellement justifiées et à évaluer dans quelle mesure elles peuvent être appliquées.
Rédaction sensible au genre
Les Sex and Gender Equity in Research Guidelines (SAGER) encouragent une approche plus systématique du traitement du sexe et du genre dans la recherche, toutes disciplines confondues. Elles s’appliquent à l’ensemble des recherches impliquant des êtres humains, des animaux ou des matériaux d’origine humaine ou animale (organes, cellules, tissus), ainsi qu’à d’autres disciplines dont les résultats sont destinés à être appliqués à l’humain, comme l’ingénierie.
Principes généraux
- Les auteurs doivent utiliser avec précision les termes sexe et genre afin d’éviter toute confusion.
- Lorsque les sujets de recherche sont des organismes différenciables par le sexe, l’étude doit être conçue et conduite de manière à pouvoir révéler d’éventuelles différences liées au sexe, même si celles-ci n’étaient pas attendues initialement.
- Lorsque les sujets peuvent également être différenciés selon le genre (construit par des contextes sociaux et culturels), l’étude doit intégrer cette dimension supplémentaire.
Recommandations par section de l’article :
- Titre et résumé : si une seule catégorie de sexe est incluse dans l’étude, ou si les résultats concernent exclusivement un sexe ou un genre, le titre et le résumé doivent le préciser (sexe des animaux ou origine des cellules, tissus, matériaux utilisés, ainsi que sexe et genre des participants humains).
- Introduction : les auteurs doivent indiquer, lorsque cela est pertinent, si des différences liées au sexe et/ou au genre sont à prévoir.
- Méthodes : les auteurs doivent expliquer comment le sexe et le genre ont été pris en compte dans la conception de l’étude, préciser si une représentation équilibrée des femmes et des hommes a été assurée, et justifier toute exclusion.
- Résultats : lorsque cela est approprié, les données doivent être systématiquement présentées de manière désagrégée par sexe et par genre. Les analyses fondées sur ces distinctions doivent être rapportées, qu’elles aboutissent à des résultats positifs ou négatifs. Dans les essais cliniques, les données relatives aux abandons et retraits doivent également être présentées séparément par sexe.
- Discussion : les implications potentielles du sexe et du genre sur les résultats et leur interprétation doivent être discutées. Si aucune analyse de ce type n’a été réalisée, la raison doit être précisée, ainsi que l’impact de cette absence sur l’interprétation globale des résultats.
Plan de gestion de données
Plan de gestion de données
Rédiger un plan de gestion des données (Data Management Plan – DMP) au début de votre recherche peut vous aider à garantir un niveau de transparence et d’intégrité dans vos travaux. Dans un DMP, vous décrivez les données que vous prévoyez de collecter, de générer et d’utiliser pour votre recherche, qu’il s’agisse de données que vous créez vous-même ou de données existantes produites par d’autres. Vous y indiquez, de manière structurée, comment vous gérerez ces données pendant et après votre recherche. Vous y expliquez notamment :
- comment les données ont été créées et ce qu’elles signifient
- les modalités de stockage sécurisé afin qu’elles ne puissent pas disparaître ou être altérées
- les mesures de sécurité des données pour que seules les personnes autorisées puissent y accéder
- la manière de publier les données comme preuves à l’appui de vos articles (sauf en cas de restrictions), afin que vos résultats puissent être vérifiés et reproduits
- les responsabilités individuelles et institutionnelles liées à la conservation des données
- les garanties mises en place pour des raisons éthiques et de protection de la vie privée, si la recherche implique des participants humains
Une bonne gestion des données ne s’arrête pas à la planification. Il est essentiel que vos données de recherche soient ensuite gérées conformément à ce plan. Vous pouvez revoir et actualiser le DMP en fonction de l’avancement de votre recherche (il s’agit d’un document vivant). À la fin de votre projet, votre DMP constituera une trace durable des données produites par vos recherches.
Les points clés à examiner lorsque vous commencez à rédiger un plan de gestion de données (DMP) sont les suivants :
- Connaître les politiques et services de votre institution, tels que la stratégie de stockage et de sauvegarde, la politique en matière de droits de propriété intellectuelle, la politique de gestion des données et toute infrastructure de partage de données, comme un dépôt institutionnel
- Déterminer la propriété de vos données
- Identifier vos obligations légales, éthiques et autres relatives aux données de recherche, à l’égard des participants, de vos collègues, des bailleurs de fonds et de votre institution.
Voici quelques exemples où de bons plans de gestion des données (DMP) peuvent contribuer à assurer l’intégrité de la recherche :
- Documenter en détail la manière dont vos données ont été créées et traitées fournit des preuves claires, par exemple :
- un carnet de laboratoire décrit la mise en place expérimentale et tous les paramètres qui définissent vos données, montre les processus utilisés pour les collecter et donne une vue d’ensemble de l’ensemble des données recueillies ;
- un calendrier d’entretiens et une liste de questions décrivent la collecte d’informations par le biais d’entretiens, accompagnés d’un livre d’encodage (codebook) référencé qui explicite votre interprétation du contenu des entretiens lors de l’analyse ;
- des lignes de commentaires dans un code informatique décrivent, étape par étape, la logique de ce que fait votre programme.
- Le contrat de licence et les conditions d’utilisation des données tierces expliquent comment vous pouvez ou non utiliser ces données dans votre recherche. Par exemple, il se peut que vous soyez autorisé à utiliser les données pour vos analyses, mais pas à les copier ni à les publier, et vous devez citer les données utilisées (comme vous le feriez pour une publication). Il est dès lors important de vérifier la propriété de ces données.
- Dans la recherche impliquant des participants humains, documenter les procédures de consentement éclairé utilisées dans votre étude, ainsi que les données personnelles que vous pourriez collecter, aide à planifier le niveau de sécurité requis pour le stockage et le traitement de ces données, et à déterminer comment les anonymiser afin de respecter la vie privée des personnes.
- Publier vos données de recherche selon les principes FAIR apporte de la transparence sur la manière dont vous êtes parvenu à vos résultats scientifiques à partir de ces données.
- Si d’autres chercheurs souhaitent reproduire vos résultats, ils doivent pouvoir accéder aux données et à toute documentation expliquant clairement comment elles ont été générées et comment les interpréter. Les données peuvent, par exemple, être mises à disposition en accès ouvert dans un dépôt de données, assorties d’une licence d’utilisation claire.
Dans le cadre de recherches collaboratives, il est important de décrire les pratiques de gestion des données prévues dans chaque organisation partenaire, et de désigner une personne responsable de la gestion des données sur chaque site. Dans les collaborations internationales, il peut exister des différences en matière de cadre éthique et juridique de la recherche, ou dans les attentes des institutions ou des bailleurs de fonds concernant la gestion des données. L’élaboration d’un DMP permet de s’assurer que tous ces aspects sont pris en compte avant le début de la collecte des données.
Principes FAIR pour les données de recherche
Principes FAIR pour les données de recherche
L’un des principaux objectifs d’une bonne gestion des données de recherche (RDM) est de garantir la préservation à long terme de données FAIR une fois les résultats publiés et/ou le projet terminé. Cette conservation permet 1) de reproduire les résultats d’une étude ultérieurement ; 2) de réutiliser les données dans de nouvelles recherches.
Le principe directeur doit être le suivant : des données aussi ouvertes que possible, mais aussi fermées que nécessaire.
Cependant, la seule conservation à long terme ne suffit pas à transformer les données en un produit de recherche exploitable et citable, équivalent à une publication scientifique. Des données mal ou peu documentées, stockées des années sur un serveur privé de département, risquent de sombrer dans l’oubli, d’autant plus que les évolutions technologiques peuvent rapidement les rendre illisibles, tant pour les machines que pour les chercheurs.
La documentation détaillée des processus de collecte (intégrée à votre plan de gestion des données) est donc essentielle afin que toute sélection de données soit claire, lisible et partageable. Par ailleurs, le préenregistrement de la méthodologie constitue un garde-fou supplémentaire pour prévenir des atteintes à l’intégrité scientifique.
Dessin humoristique par Patrick Hochstenbach sous licence Creative Commons CC BY-SA 4.0.
Les principes FAIR
C’est là qu’interviennent les principes directeurs FAIR pour la gestion et l’intendance des données scientifiques entrent en jeu. Les principes FAIR ont été initialement conçus pour les données de recherche (Wilkinson et al., 2016), mais ils s’appliquent également à des types plus spécifiques de résultats de recherche tels que les logiciels (Lamprecht et al., 2019). Les données peuvent être transformées en objets FAIR, ce qui les rend « exploitables » par la communauté scientifique au sens large sur le long terme. FAIR signifie Faciles à trouver (Findable), Accessibles (Accessible), Interopérables (Interoperable) et Réutilisables (Re-usable).
- Faciles à (re)trouver (Findable)
Idéalement, les données et la documentation/métadonnées qui les accompagnent doivent être trouvables à la fois par les humains et par les systèmes informatiques. Concrètement, cette trouvabilité est généralement assurée par des « métadonnées de découverte » disponibles via un moteur de recherche de données tel que DataCite. Si vous recherchez les données dans le moteur de recherche, les métadonnées de découverte associées, comprenant le ou les noms des créateurs de données, le sujet des données, etc., apparaissent dans les résultats de recherche. En général, les métadonnées de découverte incluent un identifiant pérenne (par ex. DOI, handle, etc.) qui vous dirige vers la page de destination où les données (non sensibles) sont disponibles en téléchargement. Veuillez noter que la facilité avec laquelle les données peuvent être retrouvées se décline sous différentes formes. Des données publiées sur un site web personnel ou sur le site web d’un projet sont, dans une certaine mesure, trouvables, mais pas de manière réellement significative ni structurée. - Accessible
Les conditions d’accès aux données sont clairement définies et soutenues par la licence appropriée (par ex. une licence Creative Commons pour les données ouvertes). Les données sont publiées en libre accès lorsque cela est possible, mais un accès restreint/fermé est appliqué dans le cas de données sensibles (par ex. des données personnelles). Bien que les données sensibles ne soient pas rendues publiques en libre accès, elles peuvent néanmoins souvent être réutilisées par d’autres chercheurs, mais au travers d’une procédure plus complexe qui garantit les droits des personnes concernées et assure la sécurité des données. Notez que les métadonnées de découverte renvoyant à ces données sensibles peuvent rester accessibles publiquement, même si les données elles-mêmes ne le sont pas. - Interopérable
Des données interopérables sont des données qui peuvent être combinées avec d’autres ensembles de données, aussi bien par des humains que par des systèmes informatiques, et qui ne présentent pas d’obstacles juridiques inutiles (par ex. une licence en libre accès comportant des restrictions excessivement complexes). De plus, les données peuvent facilement interagir avec des flux d’analyse automatisés ou d’autres applications. Il est également important que la documentation/les métadonnées accompagnant les données respectent autant que possible les normes spécifiques à chaque discipline, notamment en utilisant des vocabulaires contrôlés, et puissent être encodées dans un format standardisé et structuré afin d’être lisibles par machine. Parmi les exemples de standards génériques de métadonnées, on peut citer le Dublin Core et le DataCite Metadata Schema. - Réutilisable
Les trois piliers « facile à (re)trouver », « accessible » et « interopérable » constituent tous des conditions préalables nécessaires pour rendre les données finalement réutilisables et interprétables par d’autres chercheurs. La documentation et les métadonnées accompagnant les données sont particulièrement importantes, par exemple un livre d’encodage (codebook) précisant la signification des différentes variables, ou encore une description des méthodes utilisées pour la collecte des données. Sans documentation adéquate, les données sont généralement difficiles à interpréter, ce qui entrave évidemment leur réutilisation. Notez que, si les données sont sensibles, leur réutilisation n’est pas impossible, mais doit respecter des conditions strictes prévues dans un data use agreement (accord d’utilisation des données).
Dépôt de données
Il est recommandé que les chercheurs développent leurs compétences en matière de mise en conformité avec les principes FAIR (Faciles à trouver, Accessibles, Interopérables et Réutilisables), afin de rendre les données qu’ils collectent ou génèrent aussi conformes que possible à ces principes. Cependant, ils ne sont pas seuls dans cette démarche. Outre les services de soutien à la gestion des données de recherche offerts par les institutions, un rôle central revient également au dépôt de confiance, où les données de recherche sont finalement archivées. Un tel dépôt peut, par exemple, être bien relié à l’écosystème plus large des données, renforçant ainsi la facilité de recherche des données archivées, et offrir l’infrastructure nécessaire à la mise en œuvre de standards de métadonnées, améliorant de ce fait leur interopérabilité.
- Re3data est un registre mondial recensant les dépôts de données de recherche institutionnels, disciplinaires et interdisciplinaires.
When to think about this?
Comme déjà mentionné : « La gestion des données de recherche (RDM) inclut toutes les étapes avant, pendant et après le projet », ce qui signifie que vous devez gérer correctement vos données de recherche tout au long de leur cycle de vie afin de garantir la qualité et l’intégrité de vos travaux. Un plan de gestion des données (Data Management Plan – DMP) constitue le meilleur outil pour vous y aider.
Gestion des données de Recherche
Gestion des données de recherche : une introduction
Que sont les « données de recherche » ?
Les données de recherche désignent l’ensemble des données, qu’elles soient numériques ou physiques – indépendamment de la manière dont elles sont collectées ou stockées – qui sont utilisées ou analysées pour étayer des résultats de recherche, valider des conclusions scientifiques ou soutenir un raisonnement, une discussion ou un calcul dans le cadre d’une étude. Elles couvrent tout le spectre allant des données brutes aux données traitées et analysées, incluses ou discutées dans une publication. Ces données peuvent être produites, dérivées ou composites, qu’elles soient générées par le chercheur ou fournies par des tiers. Quelques exemples : résultats d’enquêtes, données statistiques, graphiques, données informatiques, simulations, logiciels développés à des fins de recherche, métadonnées computationnelles, impressions, enregistrements vidéo et audio, corpus, organismes, séquences génétiques, composés synthétiques ou chimiques, échantillons de tout type, dossiers de patients, protocoles, mesures, carnets de laboratoire, etc.
Les données de recherche constituent le cœur battant de la recherche académique et représentent le moteur d’avancées majeures en matière de technologie, de santé et sur le plan socio-économique.
Gestion des données de recherche (Research Data Management – RDM)
Bien que les chercheurs travaillent en permanence avec des données pour les confronter à leurs hypothèses, celles-ci ne sont pas toujours traitées et stockées de manière rigoureuse durant et après le projet.
Parallèlement, notre société est de plus en plus marquée par une datafication croissante, avec un nombre toujours plus important de processus et d’actions reposant sur des données numériques. Cette évolution rend possible un type particulier de recherche fondée sur les données, basé sur la combinaison de (big) data et de nouvelles techniques d’analyse (par ex. la « data science »).
Cet usage massif et le potentiel de réutilisation des données rendent indispensable une gestion solide des données de recherche au sein de la communauté scientifique. La bonne manipulation des données – appelée gestion des données de recherche (Research Data Management – RDM) – doit donc constituer l’une des pierres angulaires des bonnes pratiques académique de la recherche. La RDM englobe toutes les étapes avant, pendant et après le projet, autrement dit le cycle de vie des données de recherche : planification, collecte, traitement, analyse, sécurisation, stockage, préservation, accès, partage et réutilisation.
Chacune de ces étapes est encadrée par des conditions et des réglementations d’ordre juridique, éthique et technologique.
L’importance de la gestion des données de recherche
Une gestion prudente et réfléchie des données (Research Data Management – RDM) améliore la qualité et l’intégrité de la recherche, accroît son impact, tout en renforçant la visibilité et la réutilisation des données. Un bon traitement des données permet de prévenir leur perte ou leur corruption, de limiter les risques de fraude et/ou de « mauvaise science ». Il rend le processus de recherche plus fluide et garantit que les données pourront être retrouvées et réutilisées ultérieurement. De plus, le partage et la réutilisation des données facilitent la tâche des chercheurs futurs, favorisant ainsi le développement de nouvelles recherches tant au sein qu’en dehors de l’université.
Imaginez que vous lisiez un article scientifique et que vous souhaitiez comprendre le fonctionnement exact de l’algorithme utilisé par les auteurs, ou encore la manière dont ils ont construit un certain graphique. Ne serait-il pas idéal de pouvoir cliquer sur un simple lien et télécharger ces informations ? Maintenant, imaginez que vous ayez une idée brillante pour analyser différemment les données d’une étude… mais que les données originales soient introuvables. Combien de temps perdriez-vous à devoir en collecter de nouvelles ? Et si, après avoir finalement mis la main sur les données, celles-ci s’avéraient totalement inintelligibles : impossible de décoder l’unité de mesure de la variable B, etc. Quelle déception après tous ces efforts pour les obtenir ! En effet, cela peut vite devenir un véritable casse-tête.
Chaque chercheur a la responsabilité de contribuer à un monde où les données sous-jacentes aux résultats scientifiques sont facilement accessibles et interprétables. D’où la nécessité d’une gestion rigoureuse des données de recherche. Les chercheurs sont d’ailleurs de plus en plus tenus de mettre en pratique une approche solide de gestion des données tout au long de leurs projets. Ces exigences récentes en matière de RDM sont désormais souvent formalisées dans les politiques institutionnelles, par les bailleurs de fonds (par exemple, l’obligation d’élaborer un plan de gestion des données) et par les revues scientifiques (par exemple, l’inclusion d’une data availability statement (déclaration de disponibilité des données) dans les articles). À première vue, ces obligations peuvent sembler contraignantes, notamment pour les chercheurs peu familiers avec la RDM. Mais en y regardant de plus près, on constate qu’elles apportent une aide précieuse au cours du processus de recherche. Elles visent surtout à améliorer nos pratiques scientifiques, à rendre les résultats plus transparents et plus reproductibles.
Rétractation d’un article faute d’accès aux données sous-jacentes. Cas : The Lancet et The New England Journal of Medicine rétractent des études controversées sur la COVID-19 basées sur les données de Surgisphere – Retraction Watch :
« Deux jours après avoir publié des expressions de préoccupation concernant des articles controversés sur la COVID-19, The Lancet et le New England Journal of Medicine ont rétracté ces articles en raison du fait qu’un certain nombre d’auteurs n’avaient pas obtenu l’accès aux données sous-jacentes […]. »
« […] Étant donné que tous les auteurs n’ont pas eu accès aux données brutes et que celles-ci n’ont pas pu être mises à disposition d’un auditeur tiers, nous ne sommes pas en mesure de valider les sources de données primaires ayant servi de base à notre article « Cardiovascular Disease, Drug Therapy, and Mortality in Covid-19 ». Nous demandons donc la rétractation de cet article. Nous présentons nos excuses aux éditeurs et aux lecteurs de la revue pour les difficultés que cela a pu engendrer. » »
Qui est concerné ?
Le chercheur élabore un plan de gestion des données (data management plan) pour sa recherche, décrivant comment les données seront collectées, organisées, documentées, stockées, utilisées et préservées tout au long du cycle de vie de la recherche. Il met en œuvre de bonnes pratiques de gestion des données et veille à ce qu’elles restent accessibles à long terme.
Le -superviseur soutient et conseille le chercheur en matière de pratiques de gestion des données et de responsabilités éthiques, juridiques et contractuelles.
L’institution / l’université fournit les outils, l’infrastructure et les politiques nécessaires pour que le chercheur puisse mettre en œuvre de bonnes pratiques de gestion des données.
Les data stewards et le personnel de soutien à la recherche offrent conseils, accompagnement et formation au chercheur sur la gestion (et la planification) des données.
Le Code ALLEA confirme également, avec force, l’importance de la gestion des données de recherche et précise que :
- Les chercheurs, les institutions et les organismes de recherche assurent une gestion et une conservation adéquates de toutes les données et de tout matériel de recherche, y compris ceux qui n’ont pas été publiés, et veillent à leur préservation sécurisée pendant une période raisonnable.
- Les chercheurs, les institutions et les organismes de recherche s’assurent que l’accès aux données est aussi ouvert que possible, mais aussi fermé que nécessaire et, le cas échéant, conforme aux principes FAIR (autrement dit, facile à trouver, accessible, interopérable et réutilisable) en ce qui concerne la gestion des données.
- Les chercheurs, les institutions et les organismes de recherche font preuve de transparence concernant la manière de consulter ou d’utiliser leurs données et matériel de recherche.
- Les chercheurs informent les participants à la recherche de la manière dont leurs données seront utilisées, réutilisées, consultées, stockées et supprimées, en conformité avec le RGPD.
- Les chercheurs, les institutions et les organismes de recherche reconnaissent que les données sont des produits légitimes de la recherche, qui peuvent être cités.
Financement de la recherche
Financement de la recherche
En raison de la forte concurrence et des faibles chances d’obtenir un financement (Garner et al., 2013), les chercheurs peinent aujourd’hui plus que jamais à trouver les ressources nécessaires pour soutenir leurs projets. Comme la rédaction des demandes de financement peut être très chronophage, certains ont parfois l’impression de consacrer davantage de temps à ces démarches qu’à la recherche elle-même. Ainsi, lorsqu’une bonne idée émerge, pourquoi ne pas tenter de la soumettre à plusieurs financeurs et voir lequel « mordra » ?
« Alors que le taux de succès des demandes de financement n’a jamais été aussi bas, les scientifiques travaillent plus que jamais pour financer leurs recherches. Ils répondent à ce contexte économique compétitif en multipliant les candidatures. Ils peuvent également soumettre simultanément ou successivement des propositions à plusieurs organismes financeurs afin d’augmenter leurs chances. Certains bailleurs de fonds permettent la soumission de projets identiques ou très similaires quant aux objectifs, hypothèses ou finalités. Mais nous pensons que les chercheurs ne devraient pas accepter un double financement pour le même travail – qu’il s’agisse de l’étude entière ou d’une partie seulement. »
Same work, twice the money? – Harold R. Garner, Lauren J. McIver & Michael B. Waitzkin – Nature 493 (2013).
Il n’est donc pas surprenant qu’un même projet de recherche soit soumis à plusieurs organismes financeurs, sous une forme identique ou légèrement adaptée. Ce système de candidatures parallèles augmente les chances d’obtenir un financement. De plus, lorsqu’un financement n’est accordé que partiellement, des fonds complémentaires obtenus auprès d’une autre source peuvent permettre d’atteindre le budget nécessaire pour couvrir l’ensemble du projet.
La commission flamande pour l’intégrité scientifique (Vlaamse Commissie voor Wetenschappelijke Integriteit – VCWI) a formulé un avis général sur le Plagiat dans les demandes de financement (2017).
Double financement (Double dipping)
Bien qu’il puisse exister des raisons acceptables pour justifier la recherche de financements complémentaires auprès de différents bailleurs de fonds, par exemple, faire prendre en charge les coûts de personnel par l’un et les consommables par un autre ; les chercheurs doivent veiller à ne pas accepter de financement pour le même aspect d’un projet de recherche.
Bien que les demandes parallèles ne soient pas nécessairement problématiques, certaines bonnes pratiques doivent être gardées à l’esprit. Tout d’abord, les chercheurs doivent faire preuve de transparence vis-à-vis du bailleur de fonds et signaler si une proposition (partiellement redondante) est en cours d’évaluation ailleurs. Le même principe s’applique en cas de chevauchement avec un projet déjà financé. Même s’il peut exister de bonnes raisons à ce chevauchement, cela doit être communiqué de manière claire. Enfin, si, au cours de la phase de demande, la proposition obtient un financement ailleurs, des mesures appropriées doivent être prises afin d’éviter un double financement. Les chercheurs ne doivent pas accepter un financement deux fois pour le même travail.
À noter que de plus en plus de bailleurs de fonds, dans le cadre de la phase de candidature, demandent de déclarer si une proposition connexe a été soumise ou acceptée ailleurs. N’imaginez pas que des propositions liées passeront inaperçues si vous ne les mentionnez pas, car cela pourrait avoir de graves conséquences sur le traitement de votre demande actuelle et de vos demandes futures, et être signalé à votre institution d’accueil.
Code ALLEA :
- Les chercheurs font un usage opportun et consciencieux des fonds alloués à la recherche.