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Qu’est-ce qu’une violation de l’intégrité scientifique ?

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Qu’est-ce qu’une violation de l’intégrité scientifique ?

Respecter les standards de l’intégrité scientifique constitue une responsabilité professionnelle. Il est donc essentiel que tous les chercheurs connaissent ce qui est considéré comme une violation de l’intégrité scientifique. Comprendre ce concept peut vous aider si vous vous trouvez confronté à une situation difficile, si vous hésitez sur la conduite à adopter ou si l’on vous demande de faire quelque chose qui vous met mal à l’aise. Cette connaissance est également utile lors de formations (en tant que participant ou formateur), ou encore pour soutenir ou collaborer avec des collègues qui n’en auraient pas conscience. Enfin, les violations (présumées) font l’objet d’enquêtes par le Comité d’intégrité scientifique.

Traditionnellement, les violations de l’intégrité scientifique se concentraient sur la fabrication, la falsification et le plagiat (FFP). Ces dernières années, cependant, le champ s’est élargi au-delà des actes affectant directement l’enregistrement scientifique.

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Le Code ALLEA définit le cadre des bonnes et mauvaises pratiques de recherche pour l’ensemble des signataires européens (et au-delà), y compris toutes les universités flamandes. Ce code distingue trois types de violations de l’intégrité scientifique :

  • Manquements graves à l’intégrité scientifique (research misconduct) : fabrication, falsification et plagiat (catégorisation FFP) ;
  • Violations des bonnes pratiques de recherche qui faussent l’enregistrement scientifique ou portent atteinte à l’intégrité du processus de recherche ou des chercheurs ;
  • Autres pratiques inacceptables (Other Unacceptable Practices), dont une liste non exhaustive figure dans le Code ALLEA.
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Erreurs honnêtes

Les évaluateurs, autres chercheurs et comités d’intégrité utilisent diverses techniques pour vérifier la fiabilité et la crédibilité des données de recherche. Des erreurs honnêtes peuvent (également) être détectées lors de ces vérifications. Exemples typiques

  • fautes de frappe
  • inclusion d’une mauvaise figure ou d’un mauvais graphique
  • oubli de prendre en compte des données manquantes
  • erreurs lors de la collecte de données, comme des erreurs de mesure, un mauvais étiquetage des échantillons ou des problèmes d’enregistrement des données
  • erreurs dans l’analyse statistique, comme des erreurs de calcul, une mauvaise interprétation de tests statistiques ou l’oubli des conditions d’application des méthodes statistiques
  • incompréhension du contexte d’études existantes
  • présentation involontaire inexacte des résultats d’autrui. 

Il est important de souligner que toutes ces situations surviennent de manière non intentionnelle, en tant qu’erreurs.

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Ces possibilités rappellent l’importance d’être clair et rigoureux dans la conduite et la communication de la recherche : si la description de l’étude n’inclut pas certains détails comme ceux évoqués ci-dessus, il pourrait sembler que des données aient été falsifiées ou fabriquées.

Les erreurs honnêtes ne sont pas considérées comme des violations de l’intégrité scientifique si elles sont commises de manière involontaire, si les chercheurs prennent des précautions pour les éviter et, dès qu’ils en ont conscience, les communiquent de façon transparente et prennent les mesures nécessaires pour les corriger. Les chercheurs doivent développer une attitude leur permettant de travailler avec soin afin d’éviter les erreurs (et surtout leur répétition).

 

Quelques chiffres et évolution de la situation

Fanelli a réalisé une méta-analyse d’enquêtes sur les manquements à l’intégrité scientifique (Fanelli, 2009). Il a constaté que 1,97 % des chercheurs ont reconnu avoir fabriqué, falsifié ou modifié des données ou des résultats au moins une fois. En outre, 34 % ont reconnu d’autres pratiques discutables. L’analyse a également suggéré que 14 % des répondants ont admis que des collègues s’étaient livrés à des falsifications, et jusqu’à 72 % ont admis que des collègues avaient eu recours à d’autres pratiques de recherche discutables.

La recherche de Fanelli soulève des questions intéressantes concernant la propension des chercheurs à admettre des manquements, selon qu’ils aient été commis par eux-mêmes ou par d’autres :

  • Les chercheurs semblent plus enclins à identifier des manquements lorsqu’ils sont commis par autrui. Cela peut s’expliquer par l’« effet Mohammed Ali », selon lequel les individus se perçoivent comme plus honnêtes que les autres. En réalité, les chercheurs peuvent même se montrer trop sévères dans leurs jugements : dans une étude, 24 % des violations supposées observées par les répondants ne correspondaient pas à une définition officielle de l’inconduite (Titus et al., 2008). Il pourrait y avoir une diminution de l’auto-déclaration des manquements. Cette évolution peut s’accompagner d’une sensibilisation accrue et d’un plus grand nombre de formations sur les questions d’intégrité. Toutefois, ces formations ne semblent pas réduire la propension à commettre des manquements. Il est donc possible que les chercheurs soient davantage conscients de l’existence de ces pratiques, mais qu’ils soient plus enclins à les identifier chez autrui qu’à les reconnaître pour eux-mêmes.

Une enquête menée en Belgique en 2018 sur les manquements à l’intégrité scientifique dans le domaine des sciences biomédicales a confirmé les résultats de Fanelli (Godecharle, 2018). L’enquête nationale néerlandaise sur l’intégrité de la recherche (Dutch National Survey on Research Integrity – NSRI) plus récente a trouvé une prévalence de la fabrication et de la falsification respectivement de 4,3 % (IC 95 % : 2,9 – 5,7) et 4,2 % (IC 95 % : 2,8 – 5,6) (Gopalakrishna G, 2022). L’enquête a également révélé des prévalences de QRPs (Questionable Research Practices – pratiques de recherche discutables) allant de 0,6 % (IC 95 % : 0,5 – 0,9) à 17,5 % (IC 95 % : 16,4 – 18,7), avec 51,3 % (IC 95 % : 50,1 – 52,5) des répondants déclarant avoir recours fréquemment à au moins une QRP. Il est difficile d’interpréter les raisons de ces prévalences plus élevées par rapport à l’étude de Fanelli (2009). Une explication possible est une meilleure sensibilisation des chercheurs à ce qui constitue une violation de l’intégrité scientifique et une pratique discutable, et/ou une plus grande propension à admettre y avoir recours.

Qui est impliqué ?

General public

La recherche académique peut avoir un impact considérable sur le grand public. Les synthèses historiques sur l’inconduite scientifique (Lafolette, 2000) suggèrent que le public tend à tenir les scientifiques en haute estime et à percevoir la fraude comme l’action de quelques « brebis galeuses ». Dans certains cas, le public a même tendance à nier l’existence de fraudes graves. Ce phénomène semble particulièrement marqué lorsque les scientifiques jouissent d’une forte visibilité médiatique et travaillent dans des domaines que le public considère comme importants. Ainsi, Andrew Wakefield (qui avait affirmé à tort l’existence d’un lien entre le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et l’autisme chez l’enfant dans une publication très médiatisée) poursuit encore aujourd’hui une carrière de militant anti-vaccins, malgré la réfutation complète de ses travaux et le retrait de ses qualifications médicales.

Other Researchers

Fanelli a montré que les scientifiques sont plus enclins à signaler la fraude chez autrui qu’à l’admettre pour eux-mêmes (Fanelli, 2009). Il a suggéré qu’une meilleure formation et une sensibilisation accrue aux inconduites scientifiques encouragent principalement les chercheurs à dénoncer les manquements de leurs collègues, tandis que l’aveu de leurs propres fautes reste rare car il expose à des atteintes à la réputation. Parallèlement, les scientifiques ont souvent résisté aux pressions politiques et sociales visant à instaurer une régulation externe des inconduites. Cela a conduit, dans de nombreux pays, à la prédominance des mécanismes d’autorégulation et d’évaluation par les pairs pour traiter les cas d’inconduite.

Funders - Journals Journals - Publishers

Par le passé, les revues et éditeurs affichaient une attitude ambivalente face aux violations de l’intégrité scientifique, allant parfois jusqu’à ignorer des problèmes dans des travaux qu’ils avaient publiés. Heureusement, de plus en plus de revues et d’éditeurs prennent désormais des mesures pour corriger ou rétracter des recherches défaillantes. Ils publient également des déclarations générales d’intégrité (telles que leur adhésion aux lignes directrices établies par le Committee on Publication Ethics – COPE) ainsi que des chartes de bonnes pratiques de recherche, exprimant leurs attentes vis-à-vis des chercheurs souhaitant soumettre leurs travaux.

Governing bodies

Les relations entre les gouvernements et la communauté scientifique en matière d’intégrité de la recherche ont souvent été marquées par des tensions. Lorsque des autorités publiques ont proposé une législation pour encadrer les violations de l’intégrité scientifique (même comme solution de dernier recours), certains scientifiques ont réagi avec virulence, arguant contre toute interférence gouvernementale dans la science. Certaines analyses suggèrent que cette opposition a été contre-productive (Lafolette, 2000), ces protestations véhémentes ayant éclipsé des propositions plus constructives pour traiter les manquements à l’intégrité.

Un débat récurrent concerne l’idée selon laquelle certains pays (notamment en Asie) bénéficieraient d’un avantage compétitif en raison d’une moindre régulation scientifique. En réalité, il a été avancé que l’affaire très médiatisée de

Hwang en Corée du Sud constituait une réaction à un renforcement de la régulation et de la gouvernance scientifique. Les chercheurs impliqués auraient cherché à affaiblir la régulation éthique dans leur domaine en produisant des résultats spectaculaires (mais frauduleux), afin de créer une pression publique favorable à la poursuite de leurs travaux (Bogner & Menz, 2006).