Que se passe-t-il lorsque l’intégrité scientifique n’est pas respectée ?
Que se passe-t-il lorsque l’intégrité scientifique n’est pas respectée ?
Ne pas respecter les bonnes pratiques de recherche constitue une violation des responsabilités professionnelles. Cela nuit aux processus de recherche, dégrade les relations entre chercheurs, sape la confiance et la crédibilité de la recherche, gaspille les ressources et peut exposer les sujets de recherche, les utilisateurs, la société ou l’environnement à des préjudices inutiles. Et bien sûr, cela peut compromettre une carrière professionnelle.
La fraude scientifique est traditionnellement définie comme la fabrication, la falsification ou le plagiat (la catégorisation dite FFP) dans la proposition, la conduite, l’évaluation ou la publication des résultats de recherche.
La définition des manquements à l’intégrité scientifique s’est considérablement élargie au cours des dernières années. Le Code ALLEA distingue trois grandes catégories de manquements à l’intégrité scientifique :
- Manquements graves à l’intégrité scientifique : fabrication, falsification et plagiat (catégorisation FFP).
- Violations des bonnes pratiques académiques (GAPs) qui altèrent les résultats de la recherche ou portent atteinte à l’intégrité du processus de recherche ou des chercheurs.
- Autres pratiques inacceptables (Other Unacceptable Practices – OUP). Voici quelques exemples de cette dernière catégorie : manipuler la liste des auteurs ou minimiser le rôle d’autres chercheurs dans les publications.
- Citer de manière sélective ou inexacte.
- Retenir des données ou des résultats de recherche sans justification.
- Présenter de façon trompeuse ses réalisations, ses données, son implication ou ses intérêts.
- Retarder ou entraver de manière inappropriée le travail d’autres chercheurs.
- Abuser de sa position hiérarchique pour encourager des manquements à l’intégrité scientifique ou pour faire progresser sa propre carrière….
- …
Quelques éléments de contexte
Pour définir et décrire un problème, on se base souvent sur une estimation de son ampleur. Il est impossible de donner un chiffre général et exact du nombre de chercheurs ayant commis une falsification, une fabrication ou un plagiat (FFP), ou toute autre pratique inacceptable (OUP). Bien que les universités deviennent de plus en plus transparentes quant au nombre et à la nature des cas de manquements à l’intégrité scientifique, les études basées sur des enquêtes dépendent des déclarations volontaires et des taux de réponse. Des recherches internationales (Fanelli, 2009) montrent que 1 à 2 % des scientifiques ont reconnu avoir fabriqué, falsifié ou modifié des données ou résultats au moins une fois. Ces chiffres se réfèrent aux « grands cas » qui bénéficient souvent d’une large couverture médiatique, y compris dans la presse nationale.
Cependant, dans les enquêtes portant sur le comportement de collègues, les taux d’aveux augmentent considérablement. Au fil des années, de nombreuses estimations ont également été faites sur la prévalence des pratiques inacceptables. L’estimation haute atteint 94 %, mais de nombreuses études se situent autour de 40 %. Là encore, dans les enquêtes portant sur le comportement de collègues, les taux d’aveux sont bien plus élevés. Lorsqu’on examine les détails, ces chiffres varient selon le type de pratique inacceptable.
Par exemple, admettre avoir ajouté au moins un coauteur sans que cette personne ait apporté une véritable contribution (pratique dite de « gift authorship ») est bien plus fréquent que d’avoir écarté des données ou observations sur la base d’une simple intuition. Bien que ces pratiques inacceptables soient moins directes que les FFP et souvent considérées comme « moins graves », la recherche suggère que, en raison notamment de leur plus grande fréquence, elles nuisent en réalité davantage à la science que les FFP.
« La pression à publier constitue la principale raison pour laquelle les chercheurs s’engagent dans des pratiques contraires à l’intégrité scientifique. »
Pendant longtemps, la pression à publier a été citée comme la cause la plus fréquente des manquements à l’intégrité scientifique. Toutefois, des recherches plus récentes et approfondies ont révélé une réalité plus complexe. En effet, les pressions dans le milieu scientifique prennent des formes et des ampleurs bien plus variées que la seule obligation de publier. Parmi les causes possibles, on évoque certains traits de personnalité, une sensibilité accrue aux pressions ou encore des troubles psychologiques. De plus en plus, les chercheurs s’intéressent à l’environnement de recherche comme facteur pouvant conduire à ces manquements, qu’il s’agisse de (l’absence) culture de recherche ouverte et constructive ou de la nature (dysfonctionnelle) du système de récompense et d’évaluation.
Il faut également tenir compte de la probabilité d’être découvert, qui reste relativement faible (mais en progression constante). Les initiatives visant à enquêter sur les manquements se multiplient et gagnent en efficacité. La communauté scientifique a aussi mis en place de nombreuses actions pour rendre l’évaluation par les pairs plus performante dans la détection des manquements et pour encourager la réalisation d’études de réplication. C’est l’une des raisons pour lesquelles la science ouverte (Open Science), l’ouverture des données et la recherche en équipe sont si importantes.
Si tout cela vous semble un peu abstrait, vous pouvez toujours consulter le module 4. La fabrication, la falsification et le plagiat (FFP), ainsi que les autres pratiques inacceptables, constituent le thème principal du module 4 : Violations de l’intégrité scientifique. Ce module contient également un ensemble de lignes directrices sur la conduite à adopter lorsque de telles pratiques se produisent.
Quels sont les enjeux ?
- Votre carrière
- Les carrières et la réputation de vos collègues, du/de la promoteur·rice/directeur·rice de recherche et des autres collaborateurs concernés
- La réputation de votre domaine ou discipline de recherche
- La réputation de l’université et de la science en général
- La santé publique
- Le bien-être des participants à la recherche
- La confiance du public envers la science et les scientifiques
- Le progrès des connaissances
- …
Les raisons de commettre une fraude sont nombreuses et, dans la plupart des cas, l’objectif immédiat est d’atteindre un but précis : respecter une échéance, publier un article, décrocher un financement, enrichir son CV, etc. Cependant, si l’on prend du recul sur un acte isolé (la décision de tricher), il apparaît clairement qu’il y a bien plus à perdre, et ce pour divers acteurs de l’écosystème ainsi que pour la science dans son ensemble.
Que faire lorsque l’intégrité scientifique n’est pas respectée ?
Chaque université en Flandre dispose d’une structure dédiée à la gestion des cas de fraude et de manquements à l’intégrité scientifique. Dans chaque établissement, il existe des interlocuteurs identifiés, allant d’un réseau de personnes de confiance locales en lien avec l’intégrité scientifique à des médiateurs ou conseillers confidentiels à différents niveaux. Chaque université possède son propre Comité d’Intégrité Scientifique (Commissie voor Wetenschappelijke Integriteit ou CWI) qui instruit les plaintes portant sur des violations potentielles de l’intégrité scientifique. À l’issue de l’enquête formelle, le comité émet un avis à l’institution sur l’existence ou non d’un manquement. Le Code ALLEA sert de référence pour identifier la nature des violations constatées.
Les parties qui estiment ne pas avoir été entendues ou qui ne sont pas satisfaites des conclusions du CWI peuvent demander un second avis auprès du Comité flamand d’Intégrité Scientifique (Vlaamse Commissie voor Wetenschappelijke Integriteit ou VCWI). Les comités universitaires d’intégrité scientifique n’ayant pas le statut de personnes morales, il n’existe pas de procédure formelle d’appel au sein de l’université. Les personnes souhaitant une procédure ou un recours juridiquement contraignant peuvent porter l’affaire devant les tribunaux (en lieu et place ou après la procédure CWI).
Résumé des possibilités :
- Votre personne de confiance locale au sein de votre groupe, faculté ou école
- Le conseiller confidentiel officiel, l’ombudsperson ou le référent intégrité scientifique de votre institution
- Le CWI
- Le VCWI
- Le tribunal, pour une procédure judiciaire
Ne pas respecter les bonnes pratiques de recherche constitue une violation des responsabilités professionnelles. Par conséquent, signaler un manquement potentiel à l’intégrité scientifique fait également partie de vos obligations professionnelles. Le Code ALLEA est explicite sur ce point : «
Passer sous silence les manquements supposés à l’intégrité en recherche commis par des tiers ou couvrir les réponses inappropriées apportées par des institutions à des fraudes ou à d’autres manquements. » est considéré comme une pratique inacceptable.
Enfin, si tout cela vous semble encore abstrait, vous pouvez toujours consulter le module 4 : Violations de l’intégrité scientifique, où vous trouverez également les coordonnées de l’ensemble des services de soutien.