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Références pour le module 4 – Violations de l’intégrité scientifique

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Références

Références

Comment traiter les violations de l’intégrité scientifique

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Comment traiter les violations de l’intégrité scientifique

Comme mentionné précédemment, “Le non-respect des bonnes pratiques de recherche constitue un manquement aux responsabilités professionnelles. Ce type de conduite nuit aux procédés de recherche, dégrade les relations entre les chercheurs, ébranle la confiance en la recherche et sa crédibilité, gaspille des ressources et peut exposer les participants et les sujets de recherches, les utilisateurs, la société ou l’environnement à des dommages inutiles.” (ALLEA, 2023). Il fait donc également partie de vos responsabilités professionnelles de signaler les violations possibles de l’intégrité scientifique.

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The Code ALLEA est clair à ce sujet :

  • Passer sous silence les écarts supposés à l’intégrité scientifique commis par des tiers ou dissimuler les réponses inappropriées apportées par des institutions à des manquements ou autres écarts aux bonnes pratiques.”, est considéré comme une pratique inacceptable.

Politiques et procédures universitaires

 Chaque université en Flandre dispose d’une infrastructure destinée à traiter les violations de l’intégrité scientifique.

Toutefois, toutes les situations ne nécessitent pas le dépôt d’une plainte. Dans certains cas, vous aurez « simplement » des questions, un manque de clarté quant aux règles et normes applicables, ou le besoin de parler à quelqu’un pour exprimer vos préoccupations. Dans chaque université, il existe des interlocuteurs dédiés : un réseau de personnes de confiance locales pour l’intégrité scientifique, ainsi que des médiateurs ou conseillers de confiance (ombudspersons ou confidential counsellors), soit au niveau central (couvrant l’ensemble de l’université), soit spécifiquement pour les doctorants et leurs promoteurs.

Comité d’intégrité scientifique (Commissie voor Wetenschappelijke Integriteit – CWI)

En Europe, les enquêtes relatives à de potentielles violations de l’intégrité scientifique ne relèvent généralement pas du droit. Elles reposent sur un cadre d’autorégulation dans lequel la communauté scientifique développe elle-même des pratiques pour assumer la responsabilité de l’intégrité et du traitement adéquat des violations.

Pour ce faire, la plupart des institutions ont mis en place une procédure dédiée. Un rôle central revient au Comité d’intégrité scientifique (CWI). Ce comité, composé de pairs (chercheurs), est chargé d’enquêter sur les violations possibles de l’intégrité scientifique. Après une procédure formelle, il statue sur l’existence ou non d’une violation, en se référant au Code ALLEA.

Les procédures peuvent être longues et exigeantes, mais elles garantissent une évaluation objective et rigoureuse des plaintes. De petites différences existent entre les procédures des différentes universités flamandes, mais les caractéristiques essentielles sont communes :

  • évaluation par des pairs
  • objectivité et neutralité
  • enquête approfondie sur la plainte
  • prise en compte des contributions de toutes les parties concernées
  • respect des « droits de la défense ».

Votre comité d’intégrité scientifique (CWI) local peut également répondre aux questions relatives à la protection des lanceurs d’alerte, si nécessaire.

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À noter : selon le pays où vous travaillez, une législation spécifique en matière d’intégrité scientifique peut exister, le traitement des inconduites étant alors assuré par des comités nationaux d’enquête, plutôt que par les institutions locales.

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Il doit être clair que seules les plaintes formulées de bonne foi sont recevables par un CWI. Toute plainte doit être suffisamment étayée et reposer sur un dossier aussi précis et complet que possible. Selon le Code ALLEA, “accuser un chercheur d’inconduite ou d’autres violations de manière malveillante” constitue une pratique inacceptable.

Dans de nombreux cas, les plaintes relatives à de possibles violations s’inscrivent dans des situations de conflit déjà existantes. Dans d’autres, c’est la plainte elle-même qui crée une situation conflictuelle. Toutes les universités accordent une attention particulière au bien-être des plaignants et prennent des mesures pour réduire les risques de conséquences négatives liés à une plainte déposée de bonne foi.
À minima, chaque procédure garantit la confidentialité. Il est également possible de déposer une plainte de manière anonyme. Dans certaines universités, cela peut se faire dans un anonymat complet, tandis que dans d’autres, l’anonymat n’est garanti qu’à l’égard de la personne mise en cause.

Comité flamand d’intégrité scientifique (Vlaamse Commissie voor Wetenschappelijke Integriteit – VCWI)

Lorsqu’une partie estime ne pas avoir été entendue ou n’est pas satisfaite du résultat de l’enquête du CWI, elle peut demander un second avis auprès du VCWI. Ce recours doit être introduit, dans un délai de 30 jours calendaires, suivant la réception de l’avis final du CWI de l’université.

Collaborations

Les principes fondamentaux de l’intégrité scientifique sont universels : la science, où qu’elle soit menée, repose sur un même ensemble de valeurs – fiabilité, honnêteté, respect et responsabilité – telles que formulées dans le Code ALLEA.

Cependant, l’interprétation de ces principes peut varier en fonction des évolutions sociales, politiques ou technologiques, ainsi que des changements dans l’environnement de la recherche. Cela justifie l’existence de différences locales ou nationales dans leur mise en œuvre. Ainsi, un code de conduite est un document vivant, régulièrement actualisé.

De nombreux pays européens (et au-delà) ont adopté le Code ALLEA comme document de référence, mais ce n’est pas le cas de tous. Certains se dotent de codes nationaux et/ou disciplinaires. D’autres pays, européens ou non, peuvent s’appuyer sur d’autres codes pour les guider.

Comme déjà indiqué dans le Module 1, il est donc essentiel, lors de collaborations, en particulier avec des partenaires non européens, de discuter explicitement des conceptions et des définitions des principaux aspects du code. Toutes les parties doivent convenir, dès le début de leur collaboration, des modalités de mise en œuvre des principes et des procédures à suivre en cas de difficulté.

Messages clés

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À l’issue du module 4, je :

  • Connais la signification des acronymes FFP et OUP.
  • Comprends la différence entre FFP et violations de l’intégrité scientifique (y compris OUP), et je peux appliquer ces connaissances à ma propre recherche pour identifier les zones à risque.
  • Suis capable de donner des exemples de comportements de recherche pour chacune de ces catégories.
  • Sais détecter les situations où les bonnes pratiques de recherche sont menacées (slippery slopes).
  • Reconnais qu’il fait partie de mes responsabilités professionnelles de signaler les violations possibles de l’intégrité scientifique, et je connais les voies pour le faire.
  • Réagis de manière responsable face aux erreurs (même honnêtes) et cherche à les prévenir.
  • Comprends que la prévalence des inconduites de recherche (FFP) est inférieure à celle des OUP, mais que les deux peuvent avoir un impact significatif sur le travail scientifique.
  • Identifie les rôles des différents acteurs face aux violations de l’intégrité scientifique et connais leurs responsabilités respectives (y compris les miennes).
  • Ai une compréhension nuancée des causes des inconduites et je peux nommer certains facteurs de risque personnels majeurs.
  • Suis conscient des risques liés au travail collaboratif et je sais quelles mesures prendre pour les prévenir.
  • Comprends ce qu’est la fabrication, les étapes du cycle de recherche où elle peut apparaître et les parties prenantes concernées, y compris en contexte collaboratif.
  • Comprends ce qu’est la falsification, en quoi elle diffère de la fabrication, les étapes du cycle de recherche où elle peut apparaître et les parties prenantes concernées.
  • Comprends ce qu’est le plagiat, y compris l’auto-plagiat, les étapes du cycle de recherche où il peut apparaître et les parties prenantes concernées.
  • Ne m’engage pas dans des pratiques de recherche qui favorisent les violations de l’intégrité scientifique.
  • Suis conscient de la nature nuancée des OUP dans des situations réelles et de leur impact potentiel.
  • Suis capable d’identifier et de réduire les risques liés aux violations de l’intégrité scientifique dans mon travail en mettant en œuvre des mesures préventives.
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Cela peut sembler déroutant au premier abord. Il convient de discuter du cadre de référence en matière d’intégrité scientifique et de la manière de traiter d’éventuelles violations avec les collègues impliqués, quel que soit leur pays d’origine. Cet échange doit avoir lieu le plus tôt possible, et au plus tard au moment du démarrage effectif de la recherche. Il est recommandé, dans la mesure du possible, d’intégrer une politique d’intégrité scientifique dans les accords formels de gestion de la recherche conclus pour encadrer la collaboration.

Autres pratiques inacceptables (OUP)

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Autres pratiques inacceptables (OUP)

Le Code ALLEA fournit une liste d’exemples de pratiques de recherche inacceptables. Cette liste n’est pas exhaustive. Dans la plupart des cas, les universités disposent de règlements en matière d’intégrité scientifique qui permettent à leurs comités d’intégrité de déterminer si une pratique particulière doit être considérée comme inacceptable.

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Les « pentes glissantes » (slippery slopes) présentées dans cet outil correspondent à des situations dans lesquelles des pratiques de recherche inacceptables peuvent survenir.

Module 1 : introduction

Module 2 : supervision et mentorat

Module 3 : bonnes pratiques académiques de recherche

Module 4 : violations de l’intégrité scientifique

Module complémentaire sur le Règlement général sur la protection des données (RGPD)

Module complémentaire sur les règles et réglementations éthiques

Tout comme la liste fournie par le Code ALLEA, cette liste n’est pas exhaustive et d’autres situations peuvent se présenter.

Une autre série de pratiques qui ne sont généralement pas couvertes par les comités d’intégrité de la recherche sont le harcèlement moral, le harcèlement sexuel et la discrimination. Ces pratiques, bien que totalement inacceptables, peuvent également survenir entre des membres du personnel universitaire qui ne sont pas impliqués dans la recherche. À ce titre, elles sont couvertes par les règlements des universités en matière de ressources humaines. Les cas de harcèlement moral, de harcèlement sexuel et de discrimination doivent être signalés à la personne de contact appropriée au sein de votre université, faculté ou département. Une enquête de l’UKRI (Metcalfe et al, 2020) a révélé que les incidents d’intimidation et de harcèlement étaient cités comme le principal facteur ayant un impact négatif sur l’intégrité de la recherche. Cela signifie que les comités d’intégrité de la recherche et les responsables de l’intégrité doivent collaborer avec les services chargés de lutter contre l’intimidation et le harcèlement, à la fois pour prévenir et enquêter sur les violations de l’intégrité.

Impact

La fabrication, la falsification et parfois le plagiat ont principalement un impact sur la recherche elle-même. De telles pratiques introduisent des informations fausses, trompeuses et frauduleuses dans les dossiers de recherche, et nuisent ainsi directement à la science elle-même.

Certaines autres violations de l’intégrité de la recherche peuvent avoir un impact moins direct sur les résultats scientifiques eux-mêmes, mais nuiraient tout de même à la science en tant que pratique. De telles pratiques peuvent entraîner un gaspillage de ressources, nuire à la coopération entre scientifiques ou porter atteinte à la réputation de la science auprès de la société. Mais elles peuvent également conduire à :

  • À une remise en cause du processus de recherche

Bien que la recherche soit souvent un processus compétitif, cette compétition doit rester loyale et ne pas impliquer de tentatives délibérées pour nuire au travail d’autrui. Exemples : retenir des résultats de recherche, retarder ou entraver de manière inappropriée le travail d’autres chercheurs. Un autre exemple est la « publication en tranches » (salami publication, parfois appelée bologna ou trivial publication), qui consiste à diviser un travail de recherche significatif en une série de petites expériences (least publishable units ou LPUs) afin de les publier séparément, dans le seul but d’augmenter artificiellement le nombre de publications (Source : ORI, Introduction to the Responsible Conduct of Research, consulté le 27 mai). Cette pratique permet de donner l’illusion d’un CV plus fourni, ce qui peut procurer un avantage (injuste) dans les candidatures à des emplois.

  • Manque d’honnêteté en matière de recherche

Les chercheurs ont la responsabilité de présenter leurs travaux de manière fidèle aux financeurs, aux commanditaires et à la société dans son ensemble. Le manque d’honnêteté dans la recherche compromet le rôle essentiel de la science comme partenaire fiable et indépendant dans l’accumulation des connaissances. Exemples de pratiques malhonnêtes : déformer ses réalisations scientifiques ou exagérer l’importance et l’applicabilité pratique des résultats.

Plagiat dans la recherche

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Plagiat dans la recherche

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Le Code ALLEA définit le plagiat comme suit :

  •  » Le plagiat est l’utilisation de travaux et d’idées provenant d’autres personnes sans mentionner ou faire correctement référence à la source originale « .

Si la définition est assez simple, ses implications pratiques sont plus complexes. Voici quelques exemples d’actions pouvant être considérées comme du plagiat (Plagiarism.org, exemples consultés le 27 mai 2021) :

  • présenter le travail de quelqu’un d’autre comme étant le sien
  • copier les mots ou les idées de quelqu’un d’autre sans en citer la source
  • ne pas mettre une citation entre guillemets
  • donner des informations incorrectes sur la source d’une citation
  • modifier les mots mais copier la structure de la phrase d’une source sans en indiquer la provenance
  • copier tellement de mots ou d’idées d’une source que cela constitue la majeure partie de votre travail, que vous en indiquiez la source ou non.

Illustration par Patrick Hochstenbach sous licence Creative Commons CC BY-SA 4.0.

Veuillez noter que le terme « plagiat » est également utilisé en dehors du milieu universitaire pour désigner des violations de l’éthique dans des domaines tels que le journalisme et les arts. Les normes utilisées dans ces domaines peuvent être différentes de celles du milieu universitaire.

Enfin, le plagiat entretient une relation assez complexe avec les droits de propriété intellectuelle. Si le plagiat en soi n’est pas un crime, certaines formes de plagiat peuvent impliquer une violation du droit d’auteur, des droits moraux ou d’autres infractions légales pouvant donner lieu à des poursuites judiciaires. Il existe quelques cas (rares) où des universitaires ont été poursuivis pour plagiat (par exemple en Inde et en Pologne). Pour plus d’informations, consultez la discussion sur PlagiarismToday.

Impact 

Comme d’autres formes de violation de l’intégrité, le plagiat sape la crédibilité de la recherche universitaire et entraîne la perte de ressources précieuses. Il peut également nuire à la confiance et à la collégialité entre chercheurs.

Qui est concerné ?

Senior Researcher

Les chercheurs expérimentés peuvent être impliqués dans des cas de plagiat en copiant eux-mêmes le travail d’autres personnes ou en ne s’assurant pas que leurs étudiants et collègues ne commettent pas de plagiat.

Junior Researcher - Phd student

Il est important que les jeunes chercheurs comprennent et appliquent les règles relatives au plagiat, et qu’ils comprennent la différence entre l’utilisation légitime et illégitime du travail d’autrui.

Journals - Publishers

Les rédacteurs en chef de revues et les pairs évaluateurs sont en première ligne pour identifier le plagiat.

Other Researchers

Les autres chercheurs ont la responsabilité morale de signaler tout plagiat qu’ils identifient

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Auto-plagiat

Est-il acceptable de réutiliser son propre travail ? Ce phénomène, appelé « auto-plagiat », est sujet à controverse.

Les chercheurs dans certains domaines affirment qu’un certain degré d’auto-plagiat est inévitable, car ils développent des variations nuancées de leurs propres idées. Comment pourriez-vous plagier un travail dont vous êtes vous-même l’auteur original ?

 

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Le code ALLEA définit le plagiat comme « l’utilisation de travaux et d’idées provenant d’autres personnes sans mentionner ou faire correctement référence à la source originale « . En outre, il définit l’« auto-plagiat » comme « Republier d’importants passages tirés de ses propres publications antérieures, y compris des traductions, sans reconnaître ou citer dûment l’original » comme une pratique inacceptable.

Que vous utilisiez le travail d’autres personnes ou le vôtre, il est nécessaire de citer vos sources et d’inclure les références appropriées à la publication originale.

Il peut toutefois y avoir des situations où la réutilisation de votre propre texte sans mentionner l’œuvre précédente peut être acceptée. Par exemple, la réutilisation à petite échelle de courts passages de votre propre texte dans l’introduction, le développement théorique et/ou les descriptions de la méthode appliquée ne pose généralement pas de problème

À l’inverse, un recours excessif à l’auto-citation peut être considéré comme une pratique négative, dans la mesure où il gonfle artificiellement le nombre de références à ses propres travaux (KNAW Committee on Citation Practice, 2014).

Cela peut sembler difficile, mais l’essentiel est de trouver un équilibre. Chaque situation étant particulière et dépendant des angles d’analyse, il convient de garder ces considérations à l’esprit lors de la rédaction d’un texte. En cas de doute, il est recommandé de consulter les instructions aux auteurs du journal dans lequel vous envisagez de publier.

Collaborations

Collaborations locales

Les accusations de plagiat surviennent souvent dans le cadre de collaborations locales où les chercheurs concernés ont déjà partagé leurs idées. Il peut être utile de conserver des traces écrites précises, telles que des courriels, des notes, des cahiers de laboratoire, etc., et d’organiser régulièrement des séminaires afin de partager les idées et d’en attribuer clairement la paternité.

Collaborations interdisciplinaires

La recherche interdisciplinaire accroît le risque d’accusations de plagiat en raison des pratiques de citation propres à chaque discipline. Les situations les plus délicates surviennent lorsque celles-ci divergent quant à la définition d’un travail original et à la nécessité de le publier dans plusieurs revues : une idée peut être présentée dans une revue d’une discipline, puis devoir être reprise dans une revue de l’autre.

Collaborations internationales

Les différences culturelles en matière de plagiat et de pratiques dans l’enseignement supérieur en général sont assez bien documentées (Liu et al, 2010). Les collaborations internationales peuvent donc poser un problème en matière de plagiat : il convient de définir clairement les attentes et les définitions. En général, les pratiques des revues à comité de lecture prévaudront en tant que source d’orientation pour prévenir le plagiat, car les recherches ne pourront être publiées si ces pratiques ne sont pas respectées.

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Quelques lignes directrices :

 

Savez-vous ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas ? Vidéo produite par le Bureau des affaires judiciaires étudiantes de l’Université de l’Alberta (Canada) et Townend Films

Falsification de résultats de recherche

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Falsification de résultats de recherche

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Le Code ALLEA définit la falsification comme suit :

  •  » La falsification est la manipulation de matériels, d’équipements, d’images ou de procédés de recherche, ou la modification, l’omission ou la suppression de données ou de résultats sans justification « .

Falsification ou fabrication ?

Il existe souvent une confusion entre falsification et fabrication. En général, si les résultats rendent compte d’expériences qui n’ont jamais eu lieu, il s’agit de fabrication (inventer des résultats). Si les expériences ont bien eu lieu, mais que les résultats ont été modifiés, il s’agit de falsification. Cependant, certains cas sont limites : si la même image est utilisée pour représenter deux expériences différentes, il peut s’agir de falsification (modification des données) ou de fabrication (invention des données). La différence peut être importante pour les chercheurs et autres scientifiques : si les données « réelles » d’une expérience falsifiée sont disponibles quelque part, il peut être possible de corriger les données scientifiques sur la base de ces données. Si les données ont été entièrement inventées, elles sont essentiellement sans valeur. Cependant, cela ne rend pas la falsification moins grave que la fabrication.

Impact

L’impact de la falsification sur la science est similaire à celui de la fabrication : elle porte atteinte aux archives scientifiques et à la carrière des chercheurs impliqués. Elle nuit également à la carrière des chercheurs collaborateurs qui n’étaient pas au courant de la falsification. La falsification entraîne des coûts en termes de gaspillage des ressources de recherche et de frais d’enquête.

Contrairement à la fabrication, la falsification a également des répercussions négatives sur les participants à la recherche (puisque les résultats falsifiés sont basés sur des expériences réelles). Pour les participants humains, cela peut aller d’une perte de temps et d’une atteinte à leur confiance dans la science, à la soumission à des procédures pénibles ou douloureuses sans raison valable. Cela a été particulièrement flagrant dans l’affaire Wakefield, où des infirmières ont dû pratiquer des procédures douloureuses sur des enfants. Les animaux de laboratoire souffrent également inutilement lorsqu’ils sont utilisés dans des expériences dont les résultats sont ensuite falsifiés.

 

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Manipulation d’images

Bien qu’il soit parfois justifié de modifier des images, comme nous l’avons vu dans le Module 3, certains types de manipulation d’images constituent une fraude.

Dans la vidéo ci-dessous, le Dr Thorsten Beck, du Humboldt-Elsevier Advanced Data and Text Centre (HEADT Centre) à Berlin, aborde certains des défis fondamentaux liés au traitement des manipulations d’images.

Détection d'erreurs potentielles, de falsifications et/ou d'affabulations

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À l’instar des solutions utilisées par de nombreuses revues et institutions pour détecter le plagiat, il existe toute une gamme d’outils et de stratégies commerciaux et non commerciaux permettant de détecter d’autres irrégularités spécifiques. Voici quelques exemples :  

  • Outils permettant de détecter les problèmes potentiels liés aux analyses statistiques dans les études ou à l’ensemble de données sous-jacent :
    • Le test de Grim évalue si les moyennes des résultats sommaires rapportés sont cohérentes avec la taille de l’échantillon et le nombre d’éléments donnés (Brown et Heathers, 2017). En termes simples, lorsque l’on travaille avec des nombres entiers et un nombre fixe d’observations, certaines moyennes ne peuvent être obtenues, ce qui indique qu’il y a un problème avec l’analyse et/ou l’ensemble de données sous-jacent.
    • Statcheck vérifie si les valeurs p rapportées sont cohérentes avec les statistiques de test et les degrés de liberté associés et signale les résultats où les valeurs p calculées ne correspondent pas comme une erreur (Nuijten et al, 2016).
  • Le détecteur de phrases torturées peut être utilisé pour détecter des phrases étranges et inattendues qui pourraient être le résultat de textes générés ou réécrits par une IA douteuse tentant d’échapper aux logiciels de détection de plagiat (Cabanac, 2021).
  • Dans le domaine biomédical, Seek & Blastn peut aider à vérifier les réactifs de séquence nucléotidique dans les publications et les manuscrits (Labbé, 2019).
  • Il existe plusieurs outils commerciaux permettant de détecter les altérations et les duplications d’images scientifiques. Le groupe de travail STM Image Alterations & Duplications Working Group a compilé une liste des outils intéressants. 

Bien que les outils susmentionnés soient très utiles pour détecter des problèmes potentiels, il est toutefois important de noter qu’aucun d’entre eux n’est fiable à 100 % et qu’ils peuvent donc générer à la fois des résultats faussement positifs et faussement négatifs. La validité des observations doit toujours être vérifiée en personne. De plus, un résultat confirmé ne signifie pas automatiquement qu’il y a eu falsification ou fabrication. Des erreurs dues à des fautes involontaires ne peuvent être exclues.

Fabrication de résultats de recherche

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Fabrication de résultats de recherche

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Le code ALLEA définit la fabrication comme suit :

  • « La fabrication consiste à inventer des résultats et à les enregistrer comme s’ils étaient authentiques« .

D’autres codes apportent davantage de précisions sur ce qui peut relever de la fabrication, ou varient selon les cultures locales :

« La fabrication est la construction et/ou l’ajout de données, d’observations ou de caractérisations qui ne se sont jamais produites lors de la collecte de données ou de la réalisation d’expériences. Elle peut, par exemple, se produire lorsqu’on “complète” artificiellement le reste d’une série expérimentale. Les affirmations concernant les résultats doivent reposer sur des ensembles de données complets (comme on le suppose normalement) : formuler des conclusions à partir de données incomplètes ou supposées constitue une forme de fabrication ». (Erich W. Schienke, définition citée du site de PennState)

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Biais

La fabrication peut être liée à des biais de recherche de plusieurs manières :

  • La fabrication peut être (ou refléter) une forme extrême de biais de confirmation. Des chercheurs convaincus que leur hypothèse est correcte peuvent fabriquer des résultats pour la soutenir (ou inventer des résultats initiaux pour justifier des recherches ultérieures).
  • Biais lié aux sujets « à la mode » (hot stuff bias) : la non-détection de fabrications peut résulter d’une approche insuffisamment critique de la part des éditeurs, évaluateurs ou financeurs lorsqu’il s’agit de thèmes jugés « porteurs ».
  • Biais en faveur des résultats positifs : la pression à publier des résultats positifs peut accroître la probabilité de fabrication.

Impact

Comme les autres formes d’inconduite, la fabrication nuit à la science en faussant le registre scientifique, en introduisant des résultats dépourvus de fondement empirique. Elle implique un comportement frauduleux (obtenir et détourner des financements), et entraîne un gaspillage considérable : des efforts des évaluateurs et éditeurs, des chercheurs impliqués dans le projet mais non informés de la fabrication, ainsi que des chercheurs ultérieurs qui intègrent ces résultats dans leurs propres travaux.

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Quelques cas emblématiques :

Senior Researcher

Les chercheurs seniors peuvent eux-mêmes fabriquer des résultats, exercer une pression sur leurs doctorants ou collaborateurs pour qu’ils le fassent, ou négliger de prévenir ces pratiques. À l’inverse, ils jouent un rôle clé dans la prévention et la détection de la fabrication, dans leurs propres travaux comme dans ceux qu’ils encadrent.

Junior Researcher - Phd student

Jeunes chercheurs peuvent fabriquer eux-mêmes des résultats, ou subir des pressions pour le faire. Mais ils jouent aussi un rôle important dans la prévention, en appliquant les bonnes pratiques, et peuvent participer à des signalements ou enquêtes. Dans l’affaire Stapel, ce sont ses doctorants qui ont détecté les fabrications et alerté l’université.

Funders - Journals Journals - Publishers

Éditeurs et évaluateurs sont en première ligne pour détecter la fabrication, ils voient les articles dans leur version finale et sont responsables de mettre en place des protocoles pour l’identifier.

Other Researchers

Beaucoup de cas ont été révélés par des collègues analysant les travaux de leurs pairs. Par exemple, John Carlisle (2017) a montré, en examinant des facteurs démographiques dans des essais cliniques randomisés supposés, que leur distribution ne pouvait pas être aléatoire, ce qui suggérait une fabrication

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La détection n’arrête pas toujours la publication

Il arrive que, lorsqu’une fabrication est détectée, les auteurs soumettent d’abord leur article à une revue prestigieuse, où il est rejeté, parfois en raison de la détection de la fraude. Ils le soumettent ensuite à une revue moins vigilante, éventuellement après avoir maquillé la fabrication. L’article est alors publié, la fraude passe inaperçue, et les auteurs obtiennent néanmoins du crédit académique.

 

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Quand y penser ?

La fabrication peut survenir à presque toutes les étapes du cycle de recherche, jusqu’à la soumission d’un article :

  • Une planification insuffisante de la gestion des données et des promesses irréalistes dans la proposition de recherche peut accroître la tentation de fabriquer des résultats à des étapes ultérieures du projet.
  • La manière dont les questions et objectifs sont définis peut influencer la tentation de fabriquer des données. Des questions mal conçues ou irréalistes, ainsi qu’une structure de gestion de projet inadéquate, peuvent augmenter la tentation et l’opportunité de fabriquer des résultats. À l’inverse, des pratiques telles que des plans rigoureux de collecte de données et une tenue claire des registres peuvent prévenir la fabrication.
  • Phase de collecte et d’analyse des données : c’est évidemment l’étape à laquelle la fabrication de données est la plus susceptible de se produire.
Collaboration

La collaboration peut réduire le risque de fabrication en renforçant l’ouverture et l’examen critique. Plusieurs cas emblématiques impliquaient des chercheurs seniors travaillant isolément lors de la fabrication, sans impliquer leurs collaborateurs dans la collecte des données.

Collaborations locales

Les collaborations locales nécessitent une vigilance particulière afin de réduire le risque de falsification des résultats de recherche. Les pratiques de données ouvertes constituent également une approche positive : vous pouvez contacter le service ou l’équipe de gestion des données de votre université pour obtenir des conseils sur les protocoles.

Collaborations interdisciplinaires

D’une part, la collaboration interdisciplinaire peut présenter des risques supplémentaires de fabrication, car les chercheurs de différents domaines, qui travaillent ensemble, peuvent ne pas être en mesure de reconnaître les anomalies qui indiquent que la recherche a été fabriquée. D’autre part, des approches, telles que la triangulation (utilisation de méthodes mixtes pour aborder une seule question de recherche), peuvent contribuer à prévenir la fabrication.

Collaborations internationales

La distance entre les chercheurs dans le cadre de collaborations internationales peut rendre plus difficile le contrôle de la production des données. Cependant, la gestion des données et les pratiques de données ouvertes peuvent aider.

 

 

Menaces pour l’intégrité scientifique

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Menaces pour l’intégrité scientifique

Les causes des violations de l’intégrité scientifique suscitent depuis longtemps beaucoup d’intérêt et de spéculations. On a longtemps cru que la pression à publier en était la principale origine. Or, les recherches menées ces dernières décennies montrent, sur la base de données scientifiques, que les raisons pour lesquelles les chercheurs commettent ces violations sont plus diverses et complexes qu’une explication par une cause unique.

Tout au long de ce cours, nous avons souligné l’importance de considérer la science comme un écosystème composé de différents acteurs, aux intérêts, rôles et responsabilités distincts, chacun exerçant une influence sur la qualité de la recherche, ainsi que sur la prévention et le traitement des violations de l’intégrité scientifique.

Sans surprise, les facteurs qui influencent la probabilité de commettre des violations, qu’ils l’augmentent ou la diminuent, se retrouvent dans chacun de ces aspects et forment ensemble un cadre explicatif. Cela signifie également que l’amélioration de la qualité de la recherche et la prévention des violations doivent reposer sur une combinaison d’initiatives diverses, ciblant différents acteurs et différents objectifs, afin de produire un impact intégré. Aucun acteur ne peut assumer cette responsabilité seul : chacun doit prendre sa part et contribuer.

Davis et al. (2007) ont analysé les causes supposées des inconduites scientifiques et les ont regroupées en sept catégories :

  • Facteurs personnels et professionnels : pression à produire, manque de temps, stress professionnel, mais aussi problèmes psychologiques, surcharge d’engagements, etc.
  • Climat organisationnel : conflits professionnels, encadrement ou mentorat insuffisant, communication/coordination déficiente, etc.
  • Insécurités professionnelles : responsabilités inappropriées, forte compétition pour les postes, etc.
  • Rationalisations : par exemple publier précipitamment des résultats, mentir pour « préserver » une vérité supposée, etc.
  • Inhibitions personnelles : difficulté excessive de la tâche, frustrations, etc.
  • Rationalisations liées à la peur ou à l’apathie : par exemple éviter le dénigrement par autrui, manque d’intérêt, désengagement, etc.
  • Facteurs de personnalité : faiblesses de caractère comme l’impatience, la paresse, un besoin excessif de reconnaissance, etc.

Tous ces facteurs interviennent à des degrés divers selon les situations individuelles et sont susceptibles d’interagir entre eux.

Tijdink et al. (2016) se sont intéressés aux traits de personnalité et ont montré que le machiavélisme est le plus fortement associé aux comportements déviants en recherche. Le machiavélisme correspond à la tendance d’un individu à « être dénué d’émotions, détaché de la morale conventionnelle et donc enclin à tromper et manipuler autrui, à se focaliser exclusivement sur la réussite et à accorder une priorité excessive à sa propre performance ». Les associations avec le narcissisme et la psychopathie apparaissaient moins nettes.

Fanelli et al. (2015) ont examiné de plus près l’environnement de recherche et ont montré que « l’inconduite scientifique est plus probable dans les pays dépourvus de politiques d’intégrité, dans ceux où la performance individuelle en matière de publications est récompensée par des primes financières, et dans les cultures ou contextes où la critique mutuelle est entravée ». L’étude a aussi montré que « les chercheurs très productifs et à fort impact, ainsi que ceux travaillant dans des pays où la pression à publier est jugée plus forte, sont moins susceptibles de produire des articles rétractés et plus enclins à corriger leurs erreurs ». Cependant, les inconduites sont plus susceptibles de survenir aux premiers stades de la carrière d’un chercheur.

 

Vidéo de formation développée par l’Université d’Amsterdam, dans laquelle les pratiques de recherche discutables (Questionable Research Practices – QRPs) suivantes sont expliquées : harking, p-hacking, cherry-picking et omission sélective.

Collaboration

Le travail collaboratif comporte à la fois des risques et des opportunités pour les chercheurs en matière d’intégrité. D’une part, les chercheurs sont considérés comme collectivement responsables de l’intégrité des projets auxquels ils participent ; ainsi, toute violation de l’intégrité scientifique peut avoir des répercussions négatives sur l’ensemble des partenaires, même si certains n’y ont pas pris part.
D’autre part, la collaboration peut offrir des mécanismes de contrôle supplémentaires et des vérifications plus rigoureuses, réduisant ainsi la probabilité que surviennent des violations de l’intégrité scientifique.

Des informations relatives à certains aspects des violations de l’intégrité scientifique dans les projets collaboratifs sont présentées dans les autres chapitres. Le Code ALLEA fournit des recommandations pour prévenir les inconduites dans les projets collaboratifs :

  • Tous les partenaires d’une recherche collaborative sont responsables du respect des exigences de l’intégrité scientifique dans la conduite de cette recherche et dans la production de ses résultats.
  • Tous les partenaires d’une recherche collaborative conviennent formellement dès le départ des objectifs de la recherche et d’un processus de communication concernant cette recherche aussi transparent et ouvert que possible ; ils en contrôlent la pertinence et les adaptent si nécessaire.
  • Tous les partenaires d’une recherche collaborative conviennent formellement dès le départ de leurs attentes et des exigences en matière d’intégrité scientifique, des dispositions législatives et réglementaires applicables, de la protection de la propriété intellectuelle des collaborateurs, ainsi que des procédures de gestion des conflits et des éventuels manquements à l’intégrité scientifique ; ils en contrôlent la pertinence et les adaptent si nécessaire.
  • Tous les partenaires d’une recherche collaborative sont consultés et conviennent formellement des demandes de publication et des autres formes de diffusion ou d’exploitation des résultats de la recherche.

Qu’est-ce qu’une violation de l’intégrité scientifique ?

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Qu’est-ce qu’une violation de l’intégrité scientifique ?

Respecter les standards de l’intégrité scientifique constitue une responsabilité professionnelle. Il est donc essentiel que tous les chercheurs connaissent ce qui est considéré comme une violation de l’intégrité scientifique. Comprendre ce concept peut vous aider si vous vous trouvez confronté à une situation difficile, si vous hésitez sur la conduite à adopter ou si l’on vous demande de faire quelque chose qui vous met mal à l’aise. Cette connaissance est également utile lors de formations (en tant que participant ou formateur), ou encore pour soutenir ou collaborer avec des collègues qui n’en auraient pas conscience. Enfin, les violations (présumées) font l’objet d’enquêtes par le Comité d’intégrité scientifique.

Traditionnellement, les violations de l’intégrité scientifique se concentraient sur la fabrication, la falsification et le plagiat (FFP). Ces dernières années, cependant, le champ s’est élargi au-delà des actes affectant directement l’enregistrement scientifique.

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Le Code ALLEA définit le cadre des bonnes et mauvaises pratiques de recherche pour l’ensemble des signataires européens (et au-delà), y compris toutes les universités flamandes. Ce code distingue trois types de violations de l’intégrité scientifique :

  • Manquements graves à l’intégrité scientifique (research misconduct) : fabrication, falsification et plagiat (catégorisation FFP) ;
  • Violations des bonnes pratiques de recherche qui faussent l’enregistrement scientifique ou portent atteinte à l’intégrité du processus de recherche ou des chercheurs ;
  • Autres pratiques inacceptables (Other Unacceptable Practices), dont une liste non exhaustive figure dans le Code ALLEA.
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Erreurs honnêtes

Les évaluateurs, autres chercheurs et comités d’intégrité utilisent diverses techniques pour vérifier la fiabilité et la crédibilité des données de recherche. Des erreurs honnêtes peuvent (également) être détectées lors de ces vérifications. Exemples typiques

  • fautes de frappe
  • inclusion d’une mauvaise figure ou d’un mauvais graphique
  • oubli de prendre en compte des données manquantes
  • erreurs lors de la collecte de données, comme des erreurs de mesure, un mauvais étiquetage des échantillons ou des problèmes d’enregistrement des données
  • erreurs dans l’analyse statistique, comme des erreurs de calcul, une mauvaise interprétation de tests statistiques ou l’oubli des conditions d’application des méthodes statistiques
  • incompréhension du contexte d’études existantes
  • présentation involontaire inexacte des résultats d’autrui. 

Il est important de souligner que toutes ces situations surviennent de manière non intentionnelle, en tant qu’erreurs.

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Ces possibilités rappellent l’importance d’être clair et rigoureux dans la conduite et la communication de la recherche : si la description de l’étude n’inclut pas certains détails comme ceux évoqués ci-dessus, il pourrait sembler que des données aient été falsifiées ou fabriquées.

Les erreurs honnêtes ne sont pas considérées comme des violations de l’intégrité scientifique si elles sont commises de manière involontaire, si les chercheurs prennent des précautions pour les éviter et, dès qu’ils en ont conscience, les communiquent de façon transparente et prennent les mesures nécessaires pour les corriger. Les chercheurs doivent développer une attitude leur permettant de travailler avec soin afin d’éviter les erreurs (et surtout leur répétition).

 

Quelques chiffres et évolution de la situation

Fanelli a réalisé une méta-analyse d’enquêtes sur les manquements à l’intégrité scientifique (Fanelli, 2009). Il a constaté que 1,97 % des chercheurs ont reconnu avoir fabriqué, falsifié ou modifié des données ou des résultats au moins une fois. En outre, 34 % ont reconnu d’autres pratiques discutables. L’analyse a également suggéré que 14 % des répondants ont admis que des collègues s’étaient livrés à des falsifications, et jusqu’à 72 % ont admis que des collègues avaient eu recours à d’autres pratiques de recherche discutables.

La recherche de Fanelli soulève des questions intéressantes concernant la propension des chercheurs à admettre des manquements, selon qu’ils aient été commis par eux-mêmes ou par d’autres :

  • Les chercheurs semblent plus enclins à identifier des manquements lorsqu’ils sont commis par autrui. Cela peut s’expliquer par l’« effet Mohammed Ali », selon lequel les individus se perçoivent comme plus honnêtes que les autres. En réalité, les chercheurs peuvent même se montrer trop sévères dans leurs jugements : dans une étude, 24 % des violations supposées observées par les répondants ne correspondaient pas à une définition officielle de l’inconduite (Titus et al., 2008). Il pourrait y avoir une diminution de l’auto-déclaration des manquements. Cette évolution peut s’accompagner d’une sensibilisation accrue et d’un plus grand nombre de formations sur les questions d’intégrité. Toutefois, ces formations ne semblent pas réduire la propension à commettre des manquements. Il est donc possible que les chercheurs soient davantage conscients de l’existence de ces pratiques, mais qu’ils soient plus enclins à les identifier chez autrui qu’à les reconnaître pour eux-mêmes.

Une enquête menée en Belgique en 2018 sur les manquements à l’intégrité scientifique dans le domaine des sciences biomédicales a confirmé les résultats de Fanelli (Godecharle, 2018). L’enquête nationale néerlandaise sur l’intégrité de la recherche (Dutch National Survey on Research Integrity – NSRI) plus récente a trouvé une prévalence de la fabrication et de la falsification respectivement de 4,3 % (IC 95 % : 2,9 – 5,7) et 4,2 % (IC 95 % : 2,8 – 5,6) (Gopalakrishna G, 2022). L’enquête a également révélé des prévalences de QRPs (Questionable Research Practices – pratiques de recherche discutables) allant de 0,6 % (IC 95 % : 0,5 – 0,9) à 17,5 % (IC 95 % : 16,4 – 18,7), avec 51,3 % (IC 95 % : 50,1 – 52,5) des répondants déclarant avoir recours fréquemment à au moins une QRP. Il est difficile d’interpréter les raisons de ces prévalences plus élevées par rapport à l’étude de Fanelli (2009). Une explication possible est une meilleure sensibilisation des chercheurs à ce qui constitue une violation de l’intégrité scientifique et une pratique discutable, et/ou une plus grande propension à admettre y avoir recours.

Qui est impliqué ?

General public

La recherche académique peut avoir un impact considérable sur le grand public. Les synthèses historiques sur l’inconduite scientifique (Lafolette, 2000) suggèrent que le public tend à tenir les scientifiques en haute estime et à percevoir la fraude comme l’action de quelques « brebis galeuses ». Dans certains cas, le public a même tendance à nier l’existence de fraudes graves. Ce phénomène semble particulièrement marqué lorsque les scientifiques jouissent d’une forte visibilité médiatique et travaillent dans des domaines que le public considère comme importants. Ainsi, Andrew Wakefield (qui avait affirmé à tort l’existence d’un lien entre le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et l’autisme chez l’enfant dans une publication très médiatisée) poursuit encore aujourd’hui une carrière de militant anti-vaccins, malgré la réfutation complète de ses travaux et le retrait de ses qualifications médicales.

Other Researchers

Fanelli a montré que les scientifiques sont plus enclins à signaler la fraude chez autrui qu’à l’admettre pour eux-mêmes (Fanelli, 2009). Il a suggéré qu’une meilleure formation et une sensibilisation accrue aux inconduites scientifiques encouragent principalement les chercheurs à dénoncer les manquements de leurs collègues, tandis que l’aveu de leurs propres fautes reste rare car il expose à des atteintes à la réputation. Parallèlement, les scientifiques ont souvent résisté aux pressions politiques et sociales visant à instaurer une régulation externe des inconduites. Cela a conduit, dans de nombreux pays, à la prédominance des mécanismes d’autorégulation et d’évaluation par les pairs pour traiter les cas d’inconduite.

Funders - Journals Journals - Publishers

Par le passé, les revues et éditeurs affichaient une attitude ambivalente face aux violations de l’intégrité scientifique, allant parfois jusqu’à ignorer des problèmes dans des travaux qu’ils avaient publiés. Heureusement, de plus en plus de revues et d’éditeurs prennent désormais des mesures pour corriger ou rétracter des recherches défaillantes. Ils publient également des déclarations générales d’intégrité (telles que leur adhésion aux lignes directrices établies par le Committee on Publication Ethics – COPE) ainsi que des chartes de bonnes pratiques de recherche, exprimant leurs attentes vis-à-vis des chercheurs souhaitant soumettre leurs travaux.

Governing bodies

Les relations entre les gouvernements et la communauté scientifique en matière d’intégrité de la recherche ont souvent été marquées par des tensions. Lorsque des autorités publiques ont proposé une législation pour encadrer les violations de l’intégrité scientifique (même comme solution de dernier recours), certains scientifiques ont réagi avec virulence, arguant contre toute interférence gouvernementale dans la science. Certaines analyses suggèrent que cette opposition a été contre-productive (Lafolette, 2000), ces protestations véhémentes ayant éclipsé des propositions plus constructives pour traiter les manquements à l’intégrité.

Un débat récurrent concerne l’idée selon laquelle certains pays (notamment en Asie) bénéficieraient d’un avantage compétitif en raison d’une moindre régulation scientifique. En réalité, il a été avancé que l’affaire très médiatisée de

Hwang en Corée du Sud constituait une réaction à un renforcement de la régulation et de la gouvernance scientifique. Les chercheurs impliqués auraient cherché à affaiblir la régulation éthique dans leur domaine en produisant des résultats spectaculaires (mais frauduleux), afin de créer une pression publique favorable à la poursuite de leurs travaux (Bogner & Menz, 2006).